samedi 17 janvier 2026

Timothé Le Boucher - Les vestiaires

 

Dessinateur / Auteur : Timothé Le Boucher
Éditeur : Boîte à bulles
Parution : 2 mai 2014
Pages : 128
EAN-13 : 978-2849532010




Le nouveau vestiaire des collégiens ouvre ses portes. Vitres floutées et toilettes roses, les garçons découvrent les locaux rénovés avec un mélange de gêne et de moquerie. D’autant plus que les douches sont désormais collectives !

Ainsi deviennent-elles un centre d’intérêt particulier, dans cet espace clos où le principe fondamental de l’autorité adulte disparaît et où peuvent s’exprimer les instincts primaires à l’état le plus brut : agressivité, sexualité ado, moqueries, harcèlement de la tête de turc…

Est recréée au sein même du vestiaire une microsociété sans limites et à l’équilibre incertain, avec ses chefs craints et ses moutons noirs. Affranchis, les garçons du vestiaire affichent leur cruauté naturelle dans un récit à la fois captivant et étouffant qui n’est pas sans rappeler Sa Majesté des mouches.




J’ai découvert Timothé Le Boucher avec Ces jours qui disparaissent, une œuvre qui m’a profondément marqué et qui m’a donné envie d’explorer le reste de sa bibliographie. Si Le Patient m’a laissé plus mitigé, 47 cordes, Première partie a en revanche été un véritable coup de cœur. Les Vestiaires s’inscrit encore dans un registre différent, tant par son sujet que par son dispositif narratif.

Dans cet ouvrage, l'auteur s’attaque frontalement à des thématiques difficiles et dérangeantes : le harcèlement, les violences scolaires, la puberté, la sexualité, la virilité imposée ou encore le voyeurisme. La bande dessinée dépeint un univers adolescent marqué par une cruauté omniprésente, où les rapports de force se construisent et se déforment sous le poids des injonctions sociales et des complexes individuels. La violence, souvent banalisée, circule entre les élèves sans réel contrepoids, donnant une image brutale mais crédible de cette micro-société.

Le choix narratif du huis clos, limité aux vestiaires et à l’intervalle entre deux séances de sport, est particulièrement fort. Le lecteur ne voit rien de ce qui se passe à l’extérieur : tout se joue dans cet espace clos, à la fois intime et oppressant. Cette contrainte renforce l’observation des dynamiques de groupe, des dominations tacites, des humiliations répétées. D’une séance à l’autre, les relations évoluent subtilement, les tensions s’accumulent et l’atmosphère devient de plus en plus étouffante, jusqu’à un drame inattendu, d’autant plus marquant qu’il surgit sans emphase ni avertissement.

Bien que publiée il y a plus de dix ans, Les Vestiaires reste d’une actualité troublante. Les comportements décrits, les mécanismes de domination et la violence sociale qu’ils engendrent n’ont rien perdu de leur pertinence. L’auteur livre un état des lieux glaçant de l’adolescence, sans artifice ni volonté de rassurer. Le lecteur est placé dans une position inconfortable, presque voyeuriste, témoin passif de rapports féroces qu’il ne peut ni empêcher ni détourner du regard.

Pour autant, l’album n’est pas exempt de défauts. À mon sens, le scénario manque parfois de sensibilité, notamment dans la manière d’aborder certains personnages ou situations, qui peuvent sembler plus démonstratives que nuancées. Cette sécheresse narrative, si elle participe à la tension permanente, peut aussi créer une distance émotionnelle et limiter l’attachement aux protagonistes.

Malgré ces réserves, Les Vestiaires demeure une œuvre importante et percutante, qui ose montrer une réalité dérangeante sans chercher à la lisser. Timothé Le Boucher y affirme déjà un regard lucide et sans complaisance sur la violence des rapports humains, faisant de cette bande dessinée un témoignage inconfortable mais nécessaire.

samedi 10 janvier 2026

12 livres à lire en 2026

Depuis 2022, je me suis inspirée de Galleane et me suis lancée dans ce challenge. 2022 avait été un échec total tandis que 2023 et 2024 avaient eu de bons résultats.

Malgré beaucoup de bonnes volontés en début d'année, 2025 a un bilan assez négatif puisque je n'ai lu que 2 livres de ma liste :
  • Eurydice de Lou Lubie et Solen Guivre,
J'avais vraiment espoir de lire au moins la moitié de ma liste et pourtant...

J'espère sincèrement avoir un résultat plus probant pour 2026, qui sera également sous le signe des fins de saga pour les romans inscrits dans la liste :
  • Echo, Tome 1 : L'Onyx de Marianne L.T.R.,
  • La Passe-miroir, Tome 2 : Les disparus du Clairdelune de Christelle Dabos,
  • Fleurs d'Oko, Tome 2 de Laëtitia Danae (2025),
  • Eden Island, Tome 2 : Si loin du paradis de Hana Claistel (2024 - 2025),
  • Thiziri, Tome 2 : La volonté de Vwaré d'Alexiane de Lys (2025),
  • Résonances, Tome 2 de Morgane Rugraff,
  • V pour Vendetta d'Alan Moore et David Lloyd (2025),
  • Minuit passé de Gaëlle Geniller (2025),
  • Grimoire noir de Vera Greentea et Yana Bogatch (2025),
  • Mon ami Pierrot de Jim Bishop (2025),
  • Hunger Games : Lever de soleil sur la moisson de Suzanne Collins,
  • Silent Jenny de Mathieu Bablet.

J'aimerais lire au moins 6 livres de cette liste et si possible, lire également des ouvrages des listes antérieures. Gros challenge cette année ! Il faut que j'obtienne un meilleur résultat qu'en 2025 !🤞🏻

mercredi 7 janvier 2026

Bilan 2025

Comme chaque début d’année, vient le moment de faire le point.
De regarder en arrière, de mesurer le chemin parcouru, les pages tournées, les histoires qui ont accompagné les mois.

Cette année, j'ai eu un peu moins de lectures qu'en 2024. J'ai réussi à lire 127 livres (soit 10 lectures de moins que l'année dernière). Comme toujours, il y a beaucoup de graphiques parmi ces lectures. En 2025, j'avais prolongé mon objectif que 25 % de mes lectures devaient provenir de ma pile à lire, avec l'espoir de plutôt me rapprocher des 50 %. 64 ouvrages lus viennent de ma pile à lire (soit 50.39 % de mes lectures). L'objectif est donc atteint même si on constate une diminution par rapport à 2024. Toutefois, cela est contrebalancé par un achat plus raisonné. Pour 2026, je fixe désormais un objectif de 50 % de mes lectures annuelles (et non plus mensuelles) qui doivent provenir de ma pile à lire. L'objectif est que ce pourcentage augmente de plus en plus.
En toute transparence, ma pile à lire a connu une augmentation, surtout en fin d'année. Entre mon anniversaire en novembre, Noël, et quelques achats liés à la fermeture de la maison d’édition Magic Mirror, les nouvelles acquisitions sont arrivées plus nombreuses que mes lectures (surtout que j'ai été en panne de lecture en cette fin d'année...). Pourtant, sur l’ensemble de l’année, ma PAL avait initialement baissé. C’est un point que j’aimerais consolider en 2026. Je garde espoir !


Aucun abandon cette année encore.

J'ai également terminé 11 sagas :
  • Tokyo Revengers de Ken Wakui,
  • Tokyo Revengers - Side Stories : So young de Ken Wakui,
  • Hybride de Gwendoline Vervel,
  • Lockets de Nelly Iceta,
  • L'Empire des femmes de Cassandre Lambert,
  • Stardust family d'Ako Poroyama,
  • U4 de Pierre-Paul Renders, Denis Lapière et Adrián Huelva,
  • Mémoires de la forêt de Mickaël Brun-Arnaud,
  • Le Péché originel de Takopi de Taizan 5,
  • Atalante de Cassandre Lambert,
  • Le Château des animaux de Xavier Dorison et Félix Delep.
Ce dernier point me satisfait particulièrement car cela signifie que ma bonne résolution de 2021 perdure.


J'ai eu quatre coups de coeur en 2025 :
Parmi les très bonnes lectures de l'année, je retiens également :
Je n’ai pas connu de grosses déceptions cette année.
Certaines lectures m’ont moins plu, mais jamais au point de parler de déception. Mes attentes étaient souvent mesurées, et cela m’a permis d’aborder les livres avec plus de recul.

Petite nouveauté de l'année que j'espère voir perdurer en 2026 : je me mets doucement mais sûrement aux livres audios !
J'écoute des romans mais aussi des essais et je dois bien avouer que les romances et les feel-good passent beaucoup mieux dans ce format.
Je me tâte même à prendre un abonnement sur une plateforme. Des conseils ?

Comme d'habitude, mon rythme de lecture n'a pas été régulier. J'ai eu des périodes intenses où j'étais une véritable dévoreuse de livres et, au contraire, des périodes plus pauvres en lecture. J'ai d'ailleurs eu une belle panne de lecture en fin d'année durant laquelle j'ai préféré me concentrer sur les graphiques, ce qui a plutôt bien fonctionné.
Sur le plan personnel, 2025 a été plus sereine.
Un changement de travail bénéfique, une maison en cours de construction — un projet enthousiasmant mais chronophage — ont rythmé l’année.
L’année prochaine s’annonce chargée : réception du chantier, déménagement, et préparation d’un concours pour évoluer professionnellement. Un investissement important, sans doute peu propice à la lecture… mais je sais désormais accepter ces périodes avec plus de calme.

Dans la continuité de 2024, j'ai continué une autre activité en parallèle de la lecture : les jeux vidéos. Deux d'entre eux ont particulièrement marqué cette année 2025 :
  • Clair Obscur : Expédition 33

Ce jeu a été une véritable claque émotionnelle.
Un jeu d’une grande beauté visuelle, avec une intrigue prenante et des personnages extrêmement bien travaillés. La fin m’a bouleversée — j’ai beaucoup pleuré — et c’est typiquement le genre d’œuvre qui continue de vivre en nous longtemps après l’avoir terminée.
  • Dispatch

Dans un tout autre registre, ce jeu m’a également beaucoup plu.
Un jeu narratif oscillant entre 911 et The Boys, avec de l’humour et des personnages attachants. Une expérience très différente, mais tout aussi marquante.

En 2025, je me suis rendue à plusieurs festivals littéraires :
  • J'ai évidemment été au festival littéraire Ouest Hurlant à Rennes. J'ai pu y rencontrer plusieurs auteurs comme Ariel Holzl, Christelle Dabos (une perle !), Cassandre Lambert, Céline Chevet, Cécile Guillot et Nelly Iceta. Avec ma comparse, nous avons été d'une efficacité !
  • Faites Lire ! au Mans où j'ai pu rencontrer Mathias Malzieu (j'étais très émue car il fait partie de mes auteurs favoris), Nicolas Beuglet et Estelle Faye (qui m'a donné envie de lire tous ses romans).
  • La première édition du Salon de l'Imaginaire organisé par Chez Cha Cheshire avec notamment Lys Krysler, Céleste Windmill, Lisa Schneider, Nelly Iceta et Marianne L.T.R.
  • J'ai également été pour la première fois au salon Grim'Loire en solo cette fois-ci. J'ai adoré ! J'ai pu discuter avec Alexiane de Lys, Lisa Schneider, Marine Kelada, Sandy Ruperti, Aurore Vasselin-Lesca et Céleste Windmill. J'ai aussi craqué pour deux pochettes de chez Steff de Pikiti. Je retournerai sans aucun doute à une autre édition de ce salon.
Je devais également me rendre aux Utopiales à Nantes mais la fatigue a eu raison de moi et je ne me sentais pas de prendre la route toute seule.
J'ai eu l'opportunité de participer à des dédicaces organisées par Chez Cha Cheshire : A. J. Twice, Céleste Windmill et Nelly Iceta. Des moments précieux !

D'ailleurs, j'adore toujours autant me rendre au salon de thé / librairie Chez Cha Cheshire. Merci à Charlotte pour son accueil de qualité ! J'ai pu participer à plusieurs pyjama parties, dont une avec ma première Murder Party à Halloween.
Je suis également membre du Bookclub du Chapelier grâce auquel j'ai fait de super rencontres.

Pour 2026, je réitère une nouvelle fois mon souhait de diminuer ma pile à lire. J'espère pouvoir également terminer quelques sagas en cours : j'ai quelques duologies qui pourraient être terminées facilement.
Avant tout, je souhaite conserver le plaisir que me procure la lecture.

Merci à celles et ceux qui passent par ici, fidèlement ou occasionnellement.

Sur ce, je vous souhaite à tous une bonne année 2026 !



samedi 3 janvier 2026

Alric et Jennifer Twice - Jusqu'au plus profond des astres, Tome 1

Auteurs : Alric et Jennifer Twice
Éditeur : Gulf Stream
Parution : 6 novembre 2025
Pages : 760
EAN-13 : 978-2383494713



Un jeune et brillant astronomiste s'associe à une mystérieuse journaliste pour lever le voile sur la disparition de son amour perdu. Un texte à l'atmosphère saisissante qui interroge sur la perte, la mémoire et la quête de soi.
Linus Heartgreeves, Astronomiste à l'esprit constellé d'angoisses, est plongé dans un deuil insondable depuis que sa fiancée, Lucia Destrellas, Arkéologiste à l'Académie de Scientasy de Lockford, a disparu lors d'une expédition. Cloîtré dans son manoir, il cherche désespérément, dans les étoiles, un moyen de la retrouver.
Sa solitude est troublée par l'arrivée de l'impertinente Diana McBròwn, Exploraliste en quête de rédemption chargée d'écrire à son sujet. Très vite, celle-ci est happée par les mystères qui hantent les lieux : lettres tardives, apparitions fantomatiques... Elle est bientôt rejointe par Santino Rossini, ami précieux du couple d'académiciens qui s'était éloigné, et qui revient dès lors graviter autour de Linus.
Ces trois astres réunis vont tenter de préserver les fragments d'une vie brisée, où se mêlent amour, élitisme intellectuel et résistance féminine. Mais, dans un ciel où veillent les Déesses de la Création et de la Dissolution, le temps est compté, car une ombre rôde, menaçant d'engloutir tout ce qu'il reste de lumière...


J’ai eu une petite panne de lecture en cours de route, mais ce n’était pas le roman : c’était plutôt une période intense au travail et un passage malade… Bref, la fatigue générale avait pris le dessus. Les vacances de Noël m’ont fait un bien fou, et j’ai repris ma lecture de plus belle : j’ai dévoré les 500 pages qu’il me restait en très peu de temps. Cette lecture a d’ailleurs été ma dernière de 2025.

Ce qui m’a vraiment marquée, c’est la beauté de l’écriture. La prose est riche, sensible et très évocatrice, avec un vrai accent sur les émotions, les métaphores et la profondeur des personnages plutôt que sur l’action pure. Cela crée une atmosphère enveloppante qui touche particulièrement ceux qui aiment les récits introspectifs.

Le roman traite de thèmes profonds : le deuil et la mémoire, en montrant comment chacun tente de surmonter une perte ; la quête de soi et la reconstruction, à travers Linus, Diana et Santino ; et surtout l’intelligence émotionnelle et la sensibilité, mises en avant bien plus que l’intrigue elle-même.

Je me suis beaucoup retrouvée dans Linus : son côté un peu gauche, timide et introverti m’a parlé, et son rapport à Lucia m’a fait penser à celui que j’entretiens avec mon mari : il est mon âme sœur, mon pilier, il m’aime dans toute mon entièreté et sait réagir à chacune de mes émotions, que j’arrive ou non à les exprimer. Santino et Diana ne sont pas en reste, et j’ai adoré le côté effronté de Diana. Ensemble, Linus, Santino et Diana forment un trio dont la dynamique rend le roman vivant et captivant.

Je sais que cette lecture n’est clairement pas pour tout le monde, compte tenu du rythme contemplatif de l’intrigue. Personnellement, cela ne m’a pas dérangée, au contraire : j’ai savouré chaque page et chaque émotion.
L’univers est très riche, et j’ai désormais hâte de découvrir la suite et la fin de cette histoire.

samedi 27 décembre 2025

Cécile Becq et Franck Manguin - Ama, le souffle des femmes

 

Auteurs : Cécile Becq et Franck Manguin
Dessinateur : Cécile Becq
Éditeur : Sarbacane
Parution : 27 mai 2020
Pages : 112
EAN-13 : 978-2377314034


Japon, fin des années 1960. Nagisa, jeune citadine tokyoïte aux manières policées et pudiques, débarque avec son paquetage sur Hegura, petite île de pêcheurs reculée. Là, elle est adoptée par Isoé, la cheffe de la communauté des « Ama » qui gouverne l’île. Les Ama, ces « femmes de la mer » brutes, fortes et sauvages qui plongent en apnée, nues, pour pêcher des coquillages… Choc intime et culturel, ce mode de vie rural et indépendant est progressivement investi par la timide Nagisa, qui fuit son passé.




La bande dessinée Ama propose un récit à la fois sensible et réfléchi, qui se distingue par son atmosphère contemplative et son engagement thématique. L’histoire prend le temps de s’installer, privilégiant l’émotion et l’introspection plutôt qu’une action soutenue, ce qui permet au lecteur de s’immerger pleinement dans l’univers et le parcours de son héroïne.

L’album développe un message fort sur la place de la femme, en s’inscrivant dans un univers matriarcal. Les femmes y occupent des rôles centraux de pouvoir, de transmission et de décision. Toutefois, ce matriarcat n’est pas idéalisé : à travers la représentation de la communauté des ama, le récit montre que l’autorité, même exercée par des femmes, peut devenir oppressante lorsqu’elle repose sur des traditions rigides. La bande dessinée interroge ainsi la liberté individuelle et la difficulté de s’émanciper des rôles imposés.

La tradition est en effet au cœur du récit. Elle est présentée comme un héritage précieux, porteur d’identité et de cohésion sociale, mais aussi comme un frein à l’évolution lorsque le respect des coutumes empêche toute remise en question. Ama met en lumière la tension entre transmission et adaptation, notamment face aux bouleversements du monde contemporain.

L’album aborde également une dimension écologique importante, en particulier à travers le thème de la surpêche. La mer, omniprésente, est à la fois source de vie et symbole d’un équilibre fragile menacé par l’exploitation excessive des ressources. Ce message écologique est renforcé par le travail graphique : les couleurs inspirées de la mer, dominées par le bleu, créent une ambiance poétique et parfois mélancolique, tout en reflétant les émotions des personnages et les tensions du récit.

Cependant, certains choix narratifs peuvent diviser. Le rythme volontairement lent et suggestif pourra dérouter les lecteurs en quête d’une intrigue plus dynamique. De plus, la fin peut sembler un peu précipitée, laissant une impression d’inachevé.

En conclusion, Ama est une bande dessinée engagée, poétique et profonde, qui invite à réfléchir sur la place des femmes, le poids des traditions et la responsabilité écologique. Malgré une conclusion un peu abrupte, l’album séduit par la richesse de ses thèmes et la finesse de son univers.

mercredi 24 décembre 2025

Théo Grosjean - Elliot au collège, Tome 2 : Réseaux et sentiments


Auteur / 
Dessinateur : Théo Grosjean
Éditeur : Dupuis
Parution : 1er septembre 2023
Pages : 64
EAN-13 : 979-1034762972


Le « légèrement stressé » jeune Elliot est entré au collège. Cette véritable boule d'angoisse qu'il ressent en permanence prend vie à ses côtés et le guide dans les méandres de la grande école.

Elliot devient rapidement populaire grâce à une vidéo de danse complètement improvisée qui le transforme du jour au lendemain en star de Tic Toc. Il se rapprocher d'Églantine... et s'éloigne de son pote Hari. Mais sa nouvelle popularité rend Elliot un peu méprisant, ce qui finit par rapprocher Églantine de Bastien, son pire ennemi.

Décidément, la cinquième va être, une fois de plus, une année difficile à vivre pour notre héros !



Dans ce deuxième tome d’Elliot au collège, la bande dessinée s’impose comme un médium particulièrement efficace pour rendre compte des tourments du quotidien collégien. Ce volume ne se contente pas de poursuivre l’histoire : il affine le portrait d’Elliot et approfondit les thématiques abordées, en s’appuyant autant sur le dessin que sur le texte pour exprimer les émotions et les tensions propres à l’adolescence. Il marque aussi une étape importante dans l’évolution du personnage principal, qui semble plus conscient de lui-même et du monde qui l’entoure. Le collège n’est plus seulement un décor, il devient un véritable espace de confrontation entre les désirs individuels et les attentes collectives.

Le personnage d’Elliot gagne ici en complexité. Moins naïf que dans le premier tome, il semble davantage conscient des règles implicites qui régissent la vie au collège : le regard des autres, la pression du groupe, les malentendus qui peuvent fragiliser une amitié. La bande dessinée traduit ces évolutions de manière subtile, notamment à travers les silences, les expressions faciales et la composition des cases. Les émotions ne sont pas toujours dites explicitement, mais suggérées par le dessin, ce qui renforce l’implication du lecteur.

Le scénario repose sur des situations du quotidien en apparence banales, mais qui prennent une réelle importance à l’échelle du personnage. Cette banalité assumée fait la force de l’œuvre : elle reflète avec justesse la manière dont les collégiens vivent intensément des événements que les adultes peuvent juger mineurs. Cependant, cette approche a aussi ses limites. La progression narrative reste assez linéaire et certains conflits se résolvent rapidement, ce qui peut réduire la tension dramatique et donner une impression de facilité.

Le travail graphique joue un rôle central dans la lecture. Le style de dessin, volontairement simple et expressif, privilégie la lisibilité et l’efficacité. Les décors du collège, récurrents, participent à l’ancrage réaliste du récit et créent un cadre familier pour le lecteur. Les choix de couleurs et de cadrage accompagnent les variations émotionnelles : des scènes plus chargées visuellement traduisent le stress ou la confusion d’Elliot, tandis que des planches plus aérées marquent des moments d’apaisement ou de réflexion.

Les personnages secondaires, bien que parfois esquissés rapidement, fonctionnent comme des figures symboliques du monde collégien. Ils incarnent différentes attitudes face aux règles, à l’amitié ou à la différence. S’ils manquent parfois de profondeur individuelle, leur présence contribue à la dimension collective du récit et à la crédibilité de l’univers représenté.

En bref, Elliot au collège, Tome 2 : Réseaux et sentiments est une bande dessinée jeunesse qui parvient à capter avec sensibilité les questionnements de l’adolescence. Sans chercher l’originalité formelle ou le spectaculaire, elle mise sur l’observation fine du quotidien et sur la complémentarité entre texte et image. Cette sobriété peut frustrer les lecteurs en quête de rebondissements forts, mais elle confère à l’œuvre une sincérité et une justesse qui font sa principale qualité.

samedi 20 décembre 2025

Camille Anseaume et Cécile Porée - Une toute petite conversation

 

Auteur :  Camille Anseaume
Dessinateur : Cécile Porée
Éditeur : Delcourt
Collection : Encrages
Parution : 1er octobre 2025
Pages : 208
EAN-13 : 978-2413087410


Quatorze ans après leur rupture, deux ex-amants se parlent enfin de leurs choix et de leurs regrets.
Camille et Sébastien vivent une liaison sans engagement jusqu'à ce qu'une grossesse inattendue bouleverse leur relation naissante. Face à cette révélation, leurs chemins divergent radicalement : elle assume sa maternité, lui disparaît de sa vie. Quatorze années s'écoulent dans un silence total, construisant autour de leur rupture un mur d'incompréhensions et de non-dits. Le temps a transformé leurs souvenirs, édulcoré certaines blessures, amplifié d'autres douleurs. Lorsqu'ils se retrouvent enfin, leurs deux versions de l'histoire se confrontent dans un dialogue nécessaire. Chacun dévoile sa vérité, révélant les peurs, les lâchetés et les espoirs qui ont guidé leurs choix passés. Cette conversation, longtemps repoussée, devient le lieu d'une réconciliation possible avec leurs propres contradictions et leurs responsabilités partagées.


Avant toute chose, je tiens à remercier les éditions Delcourt de m’avoir permis de lire cet ouvrage via la plateforme NetGalley.

L’album met en scène Camille et Sébastien, liés par une histoire brève mais déterminante : une grossesse non prévue, un choix qui sépare, puis une période de silence. Quand ils se retrouvent enfin pour parler, ce n’est pas pour régler des comptes, mais pour comprendre — ou du moins essayer. Le cœur du livre est là : dans ce face-à-face tardif, où chacun raconte « sa » version, sans que l’une prenne clairement le dessus sur l’autre.

En tant que lecteur, il faut accepter de ralentir. Le récit est très peu événementiel : tout se joue dans les mots, les souvenirs, les nuances de ressenti. Si vous aimez les bandes dessinées introspectives, les récits de vie, les histoires qui ressemblent à celles que l’on pourrait entendre autour d’un café — avec leurs zones floues et leurs maladresses —, vous serez probablement touché.

À l’inverse, si vous cherchez une intrigue tendue ou des rebondissements, l’album peut sembler presque trop sage. Il n’y a pas de révélation fracassante, pas de jugement définitif. C’est à la fois sa force mais aussi sa limite.

Le dessin de Cécile Porée est doux, épuré, jamais démonstratif. Les couleurs changent subtilement selon les points de vue, ce qui aide à entrer dans l’intériorité des personnages sans surligner l’émotion. Rien n’est là pour « forcer » le lecteur à ressentir quelque chose : on est invité, pas guidé.
Cette retenue graphique fonctionne très bien avec le propos, même si certains lecteurs pourraient regretter un manque d’audace visuelle. Là encore, tout est affaire de sensibilité.

Une toute petite conversation est une lecture qui résonne plus qu’elle n’impressionne. Selon votre propre histoire — rapports amoureux complexes, parentalité, choix irréversibles, silences prolongés —, elle peut toucher très juste… ou rester à distance. C’est une bande dessinée qui ne cherche pas à être universelle par principe, mais qui devient universelle quand elle rencontre le bon lecteur.