mercredi 25 mars 2026

Lylian et Nicolas Grebil - L'île de minuit, Tome 2 : La femme aux singes

 

Auteur : Lylian
Dessinateur : Nicolas Grebil
Éditeur : Dupuis
Parution : 16 janvier 2026
Pages : 56
EAN-13 : 978-2808510899


La trahison d'Hector a abîmé la confiance du petit groupe. Si Elijah et Elena continuent de vouloir obéir à l'automate, Maya et Charlie s'y opposent. Au contact de Charlie, qui vit seul sur l'île depuis des années, Maya, Elijah et Elena en apprennent plus sur leur prison. Notamment sur la présence d'une adulte qui vit dans les marais avec une horde de singes à ses ordres. Alors qu'ils hésitent à aller à la rencontre de cette femme mystérieuse, un garçon est capturé dans un des pièges de Charlie : le nouvel arrivant ne se souvient ni de son prénom, ni de ses origines. Remis de leurs émotions, les enfants décident de se rendre dans les marais, pour retrouver la femme aux singes, dans l'espoir qu'elle apportera des réponses aux questions qu'ils se posent. Motivée par sa curiosité, Maya décide de les accompagner, désobéissant ainsi au dernier ordre de l'automate qui lui demandait de se rendre au phare...



Avec ce deuxième tome de L’île de Minuit, j’attendais surtout une confirmation : celle d’un univers qui m’avait intrigué sans totalement me convaincre dans le premier volume. Et, de ce point de vue, La femme aux singes marque une vraie évolution.

Ce qui frappe d’abord, c’est que le récit sort enfin de sa phase d’installation. Là où le volume précédent jouait beaucoup sur une atmosphère mystérieuse et une accumulation de questions, ce second opus donne le sentiment d’entrer dans quelque chose de plus structuré. L’intrigue avance réellement, même si elle reste volontairement avare en réponses.

Le groupe, surtout, évolue de manière intéressante. L’équilibre fragile entre les enfants se fissure et cette tension apporte une dimension plus crédible au récit. On n’est plus dans une simple aventure collective : les dynamiques changent, la confiance vacille et chacun semble réagir différemment face à l’inconnu. C’est sans doute l’un des aspects les plus réussis de ce tome parce qu’il donne un peu plus d’épaisseur à des personnages qui, jusque-là, restaient encore assez esquissés.

L’île, elle aussi, gagne en présence. Elle devient presque un personnage à part entière, avec ses zones plus troubles, plus inquiétantes et ses figures énigmatiques qui viennent brouiller encore davantage les repères. Cette montée en étrangeté fonctionne bien, même si elle entretient aussi ce flou qui peut parfois tenir le lecteur à distance. On avance, oui, mais sans jamais vraiment saisir les règles du jeu.

C’est d’ailleurs là que se situe, pour moi, la limite du tome : il continue de privilégier le mystère à la compréhension. Si cela renforce l’atmosphère, cela peut aussi créer une légère frustration, surtout si l’on attendait des éclaircissements après un premier volume déjà très énigmatique.

Graphiquement, en revanche, la continuité est rassurante. Le dessin reste efficace, lisible, avec une vraie capacité à installer des ambiances. Certains décors accentuent même le sentiment d’étrangeté et participent pleinement à l’identité de la série.

En somme, ce deuxième tome est plus engageant que le premier. Il donne envie de poursuivre parce qu’il montre que la série a quelque chose à développer, au-delà de son simple mystère initial. Néanmoins, il confirme aussi un choix narratif clair : celui de prendre son temps, quitte à laisser le lecteur encore un peu dans l’attente.

samedi 21 mars 2026

Sophie Kim - Le Fil du Destin, Tome 1 : Le Dieu et la Gumiho

 

Auteur : Sophie Kim
Éditeur : Sabran
Parution : 26 juin 2025
Pages : 432
EAN-13 : 978-2385601294



Son châtiment éternel ? Devoir la supporter.

Kim Hani est la gumiho la plus célèbre de Corée du Sud, connue sous le nom de Renarde Écarlate. Contrainte de faire profil bas après avoir dévoré un peu trop d'hommes d'un coup, elle travaille désormais comme barista. Mais ce qu'elle déteste par-dessus tout, c'est le café, ainsi qu'un de ses clients particulièrement agaçant.

Seokga le Déchu est le dieu de la malice. Chassé des cieux après une tentative de putsch ratée, il purge à présent sa peine en traquant des démons. Entre deux captures, il recharge ses batteries en se gavant de café... Si seulement l'insupportable serveuse sur qui il tombe toujours arrêtait de massacrer sa boisson préférée.

Lorsque la Renarde Écarlate réapparaît soudainement, Seokga voit là une chance d'obtenir sa rédemption. Mais Hani est prête à tout pour l'empêcher de l'attraper... Prête à tout ? Sauf peut-être à tomber amoureuse.


J’ai lu Le Dieu et la Gumiho dans le cadre du Bookclub de mars 2026 organisé par Chez Cha Cheshire et je ressors de cette lecture avec un sentiment assez mitigé.

L’intrigue, tout d’abord, m’a semblé extrêmement prévisible. Très rapidement, j’ai eu l’impression d’anticiper sans difficulté les grandes étapes du récit, ce qui a un peu diminué mon implication émotionnelle. Il manque cette part de surprise ou de tension qui pousse à tourner les pages avec avidité.

Les personnages n’ont malheureusement pas réussi à rattraper cet aspect. Je les ai trouvés assez caricaturaux, parfois même agaçants, et surtout étonnamment immatures au regard de leur statut — des figures censées être anciennes, marquées par des siècles d’existence. Cette dissonance m’a empêchée de m’y attacher réellement, ce qui est d’autant plus dommage dans un récit centré sur leurs relations.

Concernant la romance, elle s’inscrit dans un schéma très attendu. Si elle aurait pu être touchante sur le papier, j’ai eu du mal à croire à son évolution. Le passage de l’hostilité à l’amour profond m’a semblé trop rapide, presque précipité, et donc peu crédible. Même sans être particulièrement friande de romance, j’attends un minimum de progression et de nuance, ce que je n’ai pas vraiment retrouvé ici.

Un autre point qui m’a laissée sur ma faim est l’exploitation de la mythologie coréenne. L’univers avait pourtant un vrai potentiel, mais il reste assez survolé, sans véritable approfondissement. C’est d’autant plus frustrant que cet aspect aurait pu apporter richesse et originalité au récit.

Cela dit, tout n’est pas à jeter : l’ensemble se lit sans difficulté et le roman n’est pas mauvais en soi. Simplement, il ne m’a pas marquée ni convaincue autant que je l’espérais.

Au final, c’est une lecture correcte mais sans éclat. Le premier tome se suffit à lui-même et, pour l’instant, je ne ressens pas particulièrement l’envie de poursuivre la saga.

samedi 14 mars 2026

Sylvie Baussier - Moi, Médée, puissante sorcière

 

Auteur : Sylvie Baussier
Dessinateur : Tristan Gion
Éditeur : Scrineo
Collection : Mythologie
Parution : 12 février 2026
Pages : 127
EAN-13 : 978-2381674643



Je suis une jeune princesse, et j'ai d'immenses pouvoirs magiques. Pourtant, ce que je voudrais par-dessus tout, c'est l'amour ! Quand le prince Jason arrive de Grèce avec ses compagnons, les Argonautes, j'accepte de l'aider dans sa quête : prendre la précieuse Toison d'or gardée par un dragon. Les épreuves sont terribles !
Où tout cela va-t-il me mener ? Est-ce que je devrai choisir entre mon pays et l'amour de Jason, qui me mènera à l'exil ?
Vous connaissiez le récit de Jason, découvrez l'histoire de la femme qui l'a aidé à obtenir la Toison d'or...



Après avoir lu les volumes consacrés à Pandore, Cassandre et l’Hydre de Lerne, j’étais curieuse de découvrir celui dédié à Médée. Ce personnage de la mythologie grecque m’intéresse particulièrement, notamment pour la manière dont son image a évolué au fil des siècles, passant de magicienne puissante à figure tragique souvent diabolisée. J’attendais donc beaucoup de Moi, Médée, puissante sorcière de Sylvie Baussier.

Comme dans les autres titres de la collection, le roman adopte le point de vue du personnage mythologique lui-même. Le lecteur suit ainsi Médée, princesse et sorcière, lorsqu’elle rencontre Jason et choisit de l’aider dans sa quête de la Toison d’or. Ce parti pris narratif reste intéressant car il permet de redonner une voix à une figure féminine souvent racontée à travers le regard des héros masculins.

Cependant, ce volume m’a moins convaincue que les précédents. J’ai notamment eu l’impression que les transitions entre les différents événements manquaient de fluidité. Certains passages donnent le sentiment de passer un peu trop rapidement d’une étape du mythe à une autre, ce qui rend la progression du récit parfois abrupte et empêche de pleinement s’immerger dans les dilemmes et les émotions du personnage.

C’est d’autant plus dommage que Médée est une figure mythologique particulièrement riche et complexe. On perçoit bien les intentions de l’autrice de mettre en avant sa puissance, ses sentiments et les choix difficiles auxquels elle est confrontée mais le développement reste parfois un peu trop rapide pour exploiter tout le potentiel dramatique de son histoire.

Malgré cette réserve, la lecture reste intéressante pour celles et ceux qui souhaitent découvrir ou redécouvrir la mythologie grecque à travers des récits accessibles et centrés sur les personnages. Et pour les lecteurs déjà familiers de la collection, ce volume complète malgré tout la galerie de figures mythologiques féminines revisitées par Sylvie Baussier.

mercredi 11 mars 2026

Catherine Ryan Howard - 56 jours

 

Auteur : Catherine Ryan Howard
Éditeur : L'Archipel
Parution : 8 janvier 2026
Pages : 360
EAN-13 : 978-2809853179



Un crime a été commis... Mais qui est la victime ?
Il y a 56 jours... Ciara et Oliver se rencontrent alors qu'ils font la queue à la caisse d'un supermarché de Dublin. Début d'une belle histoire au moment où l'épidémie de Covid-19 frappe les côtes irlandaises.
Il y a 35 jours... Oliver propose à Ciara d'emménager chez lui afin qu'ils passent ensemble le confinement. L'occasion pour les deux jeunes gens de mieux se connaître et de renforcer leur idylle naissante.
Aujourd'hui... La police retrouve un corps en décomposition dans l'appartement d'Oliver.
Le crime parfait vient-il d'être commis ?


Après Le Prieuré de l’Oranger de Samantha Shannon, j’avais besoin de m’éloigner de la fantasy et de me plonger dans quelque chose de plus contemporain. J’ai donc choisi 56 jours de Catherine Ryan Howard (mes envies de thriller sont plus régulières en ce moment).

Mon ressenti est assez mitigé. J’en attendais beaucoup, peut-être trop. Le roman se lit facilement, l’intrigue est bien construite et le contexte du confinement apporte une tension intéressante, mais je n’ai pas été totalement surprise. J’ai deviné la fin assez tôt, à un détail près, et je peux difficilement développer sans spoiler.

Une des thématiques abordées m’a rappelé un autre roman adapté à l’écran avec Andrew Garfield, ce qui a renforcé certaines résonances pendant ma lecture.


Curieuse, j’ai aussi regardé la série sur Prime Video. Elle prend une toute autre direction : l’ambiance change radicalement, les protagonistes sont plus sombres et vicieux, le duo de policiers a des intrigues supplémentaires et la fin diverge complètement du roman. Je n’ai pas accroché et j’ai eu du mal à avancer dans les épisodes, d’autant que le recours excessif à des scènes de sexe ne m’a semblé apporter rien à l’histoire.

En résumé, 56 jours reste une lecture agréable et efficace, mais pas exceptionnelle. Une curiosité bienvenue après la fantasy, mais la série, elle, ne m’a pas convaincue.
Par ailleurs, je ne sais pas si je lirai le roman précédent de cette autrice, d'autant plus qu'il y a un potentiel spoiler dans 56 jours.

mercredi 4 mars 2026

Samantha Shannon - Le Prieuré de l'Oranger


Auteur : Samantha Shannon
Éditeur : J'ai Lu
Parution : 3 février 2021 et 7 avril 2021
Pages : 608 et 608
EAN-13 : 978-2290253175 et 978-2290255858



Un monde divisé. Un reinaume sans héritière. Un ancien ennemi s'éveille. La maison Berethnet règne sur l'Inys depuis près de mille ans. La reine Sabran IX qui rechigne à se marier doit absolument donner naissance à une héritière pour protéger son reinaume de la destruction, mais des assassins se rapprochent d'elle... Ead Duryan est une marginale à la cour. Servante de la reine en apparence, elle appartient à une société secrète de mages.
Sa mission est de protéger Sabran à tout prix, même si l'usage d'une magie interdite s'impose pour cela. De l'autre côté de l'Abysse, Tané s'est entraînée toute sa vie pour devenir une dragonnière et chevaucher les plus impressionnantes créatures que le monde ait connues. Elle va cependant devoir faire un choix qui pourrait bouleverser son existence. Pendant que l'Est et l'Ouest continuent de se diviser un peu plus chaque jour, les sombres forces du chaos s'éveillent d'un long sommeil...
Bientôt, l'humanité devra s'unir si elle veut survivre à la plus grande des menaces.


Lecture du mois de février pour le Bookclub du Chapelier, organisé par Chez Cha Cheshire, le thème nous invitait à explorer la high fantasy.

Dès les premières pages, le monde se déploie. Non pas esquissé — mais construit pierre après pierre. Le worldbuilding est d’une richesse impressionnante : dynasties, croyances, légendes contradictoires, géographies opposées, dragons multiples dans leurs symboliques. On sent que rien n’est laissé au hasard, que chaque élément s’imbrique dans un ensemble plus vaste.
C’est une fantasy qui prend son temps. Elle ne cherche pas l’effet immédiat, elle installe. Elle exige que l’on s’abandonne à son rythme, que l’on accepte de ne pas tout comprendre d’emblée et c’est précisément cette densité qui lui donne sa profondeur.

Il y a dans ce roman une manière de replacer les femmes au centre du monde. Pas comme un manifeste bruyant mais comme une évidence.
J’ai particulièrement apprécié Ead et Tané.
Ead pour sa retenue, son intelligence silencieuse, cette façon d’habiter les marges tout en influençant le centre.
Tané pour sa détermination, sa tension intérieure entre ambition personnelle et loyauté culturelle.
Elles évoluent, doutent, trébuchent, mais avancent.
En revanche, je dois avouer que l’alchimiste, Niclays, ne m’a pas convaincue. Peut-être est-ce sa posture désabusée, son cynisme parfois répétitif ou son rôle de spectateur désenchanté du monde. Là où les autres personnages cherchent à transformer l’histoire, lui semble souvent la commenter. Je n’ai pas réussi à m’attacher à son errance.

Ce qui m’a frappée également, c’est cette sensation que le roman n’épuise pas son propre univers. Samantha Shannon laisse des portes entrouvertes, des respirations dans le tissu du monde. Une — voire plusieurs — suites seraient possibles.
Étrangement, loin de me frustrer, cette impression m’a donné envie d’y retourner. Comme si le monde continuait d’exister indépendamment du livre refermé.
On sent que l’histoire racontée n’est qu’un fragment d’un ensemble plus vaste.

Pour un roman du genre high fantasy, je m’attendais peut-être à davantage de tension tragique constante. Or, ici, la grandeur est plus architecturale qu’explosive. Le texte préfère la construction à la déflagration.
Par moments, le rythme s’étire. Certains dénouements paraissent rapides au regard du temps consacré à l’installation. Toutefois, cette lenteur participe aussi de l’atmosphère : celle d’un monde ancien, chargé de siècles de croyances et de silences.

En somme, ce n’est pas un roman que l’on dévore.
C’est un roman que l’on habite.
Dans le cadre du thème high fantasy, il incarne pleinement l’ampleur du genre : dragons, reines, prophéties, luttes religieuses mais aussi mémoire, transmission et vérité cachée.
Je referme Le Prieuré de l’Oranger avec le sentiment d’avoir traversé un monde plus que suivi une intrigue. Et avec cette curiosité persistante : que reste-t-il encore à découvrir derrière ces portes laissées entrouvertes ?

mercredi 18 février 2026

Pierre Mortel et Anaïs Dumas - Le Lapin des Baskerville

 

Auteur : Pierre Mortel
Dessinateur : Anaïs Dumas
Éditeur : Delcourt
Collection : Pataqués
Parution : 27 août 2025
Pages : 120
EAN-13 : 978-2413087168




Un coin de nature bucolique, un bestiaire familier... Ici, tout n'est semble-t-il que luxe, calme et volupté, mais c'était sans compter la présence du terrible Lapin des Baskerville qui hante la plaine la nuit...

Le bestiaire, familier, est aussi unique en son genre : un lapin convaincu de faire régner la terreur, un duo d'escargots et de limaces toxicos, un poussin de 500 kilos qui ne connait pas sa force (ni son poids), une famille de Beloups (mi-belette, mi-loup) persuadée d'être les prédateurs ultimes, un ornithorynque naïf... qui font de ce décor de comptine un récit irrésistiblement et cruellement drôle.




Sur le papier, Le Lapin des Baskerville attire immédiatement la curiosité. L’album joue avec les codes du célèbre roman de Conan Doyle, en y injectant un humour absurde, des références culturelles et des situations décalées. Le dessin accompagne efficacement le ton burlesque et certains gags visuels sont réussis.


C’est précisément cette richesse d’idées qui m’a laissé un sentiment de frustration. Malgré l’inventivité affichée, je ne suis pas parvenue à m’immerger complètement dans le récit. L’humour, pourtant omniprésent — entre absurde, noir et références appuyées — m’a souvent semblé décalé. Certaines blagues paraissaient trop prévisibles, presque annoncées à l’avance, tandis que d’autres, plus fines, n’allaient pas tout à fait au bout de leur potentiel.

Pour autant, l’album n’est pas dénué de qualités. Son inventivité, son rythme et la maîtrise de ses codes comiques montrent un vrai savoir-faire. Il parviendra sans doute à séduire les amateurs d’humour absurde et de parodies littéraires, même si, pour ma part, il n’a pas totalement réussi à me captiver.


En somme, Le Lapin des Baskerville est un album plaisant mais inégal, amusant à lire par moments mais qui laisse un sentiment d’opportunités manquées. Une lecture pas désagréable, mais qui ne transforme pas pleinement la curiosité en enthousiasme.

samedi 14 février 2026

Solenn Bardet et Marion Chancerel - Chères marâtres : Quand les belles-mères se confient

 

Auteur : Solenn Bardet
Dessinateur : Marion Chancerel
Éditeur : Boîte à Bulles
Parution : 7 janvier 2026
Pages : 128
EAN-13 : 978-2849535493



Quand les marâtres se confient au sujet de leur quotidien… pas toujours rose !
Qu’il s’agisse de la belle-mère de Blanche-Neige ou de celle de Cendrillon, les marâtres sont souvent cantonnées au rôle de femme aigrie, méchante quand elles ne sont pas dépeintes comme de véritables sorcières !
Alors quand Samuel propose à Gwen de s’installer avec lui… et sa fille de 14 ans, Gwen convoque une assemblée extraordinaire composée de femmes qui sont – ou ont été – marâtres.
De la belle-mère "jetable" à la belle-mère dépassée en passant par la marâtre épanouie, elles vont tour à tour lui raconter leur parcours. L'occasion pour elles de partager des expériences souvent compliquées, et qui ont obligé certaines à mettre en place de vraies stratégies.
Composé à partir de témoignages, Chères marâtres donne la parole à celles qui ont bien souvent le mauvais rôle. Des femmes ayant peu voix au chapitre et qui ont pourtant beaucoup à dire.



Dans Chères marâtres, les autrices s’attachent à déconstruire le stéréotype bien connu de la belle-mère cruelle en explorant son histoire dans la littérature et la culture populaire. L’ouvrage examine comment cette figure, souvent caricaturale dans les contes et les récits familiaux, reflète des constructions sociales et des attentes complexes.

Le point fort de l’album réside dans sa contextualisation et sa dimension visuelle. Le scénario de Solenn Bardet propose des analyses éclairantes et bien documentées, tandis que le dessin de Marion Chancerel apporte légèreté et lisibilité à un sujet qui pourrait sembler austère. Les exemples abondent et sont instructifs, même si certaines explications peuvent sembler répétitives.

Personnellement, je ne suis pas une belle-mère et je n’ai jamais été confrontée directement à ce rôle. La lecture m’a néanmoins paru intéressante : elle offre un aperçu des tensions et des dilemmes liés à ce rôle familial, tout en invitant à réfléchir sur la manière dont nous percevons ceux qui occupent des positions difficiles ou jugées. Ce n’est pas un album fulgurant mais il propose suffisamment de matière pour nourrir la réflexion et questionner certains clichés persistants.

En résumé, Chères marâtres est un album stimulant par sa démarche et ses analyses, même pour les lecteurs extérieurs à l’expérience. Il ne bouleverse pas les certitudes mais éclaire avec nuance un sujet souvent réduit à la caricature.