samedi 1 août 2026

Jean-Christophe Tixier - Dix minutes à perdre

 

Auteur : Jean-Christophe Tixier
Lecteur : Benjamin Jungers
Éditeur : Lizzie
Parution : 13 mai 2026
Durée : 2 h 09 min
EAN-13 : 979-1036649363


Pour la première fois de sa vie, Tim va passer deux jours tout seul. Seul dans la très vieille maison où il vient d'emménager avec ses parents. "Si tu as dix minutes à perdre, commence à détapisser les murs de ta chambre", ironise son père. Tim le prend au mot. Dix minutes, pas une de plus. Mais en arrachant un lambeau de l'affreux papier peint fleuri, Tim fait apparaître un mystérieux message. "Ceci est mon histoire".



 
Dix minutes à perdre, premier tome de la série éponyme de Jean-Christophe Tixier, est une plongée dans l’univers captivant de l’aventure et du mystère, où chaque détail compte. L’histoire commence simplement : Tim, un adolescent en pleine adaptation dans une nouvelle maison à la campagne, reçoit de son père une consigne en apparence anodine : « Si tu as dix minutes à perdre, commence à détapisser les murs de ta chambre ! ». Pris au pied de la lettre, ce conseil déclenche une série d’événements qui vont bien au-delà de ce que Tim aurait pu imaginer.

En arrachant un morceau du papier peint fleuri et démodé, il découvre un message mystérieux : « Ceci est mon histoire ». Ce simple bout de phrase suffit à éveiller sa curiosité et à l’entraîner, aux côtés de sa nouvelle amie Léa, dans une quête palpitante. Entre indices à déchiffrer et découvertes inattendues, les deux adolescents se retrouvent au cœur d’une intrigue qui mêle habilement suspense et humour.
 
Jean-Christophe Tixier démontre ici tout son talent pour captiver son public. Les chapitres, courts et rythmés, s’enchaînent avec fluidité, et les dialogues, vifs et naturels, donnent vie à des personnages profondément attachants. Tim, avec son approche méthodique et littérale, et Léa, plus intuitive et spontanée, forment un duo complice dont les dynamiques sont à la fois drôles et touchantes.
 
La version audio de ce roman ajoute une dimension supplémentaire à l’expérience. La narration, dynamique et expressive, plonge l’auditeur dans l’histoire avec une intensité qui rend chaque moment encore plus immersif. On perçoit presque le souffle coupé de Tim à chaque découverte, les rires de Léa ou encore l’excitation de la chasse au trésor. C’est une façon idéale de découvrir cette aventure, que ce soit pour un trajet en voiture, un moment de détente ou une activité en famille.
 
Mais Dix minutes à perdre ne se limite pas à une simple chasse au trésor. C’est aussi une réflexion sur l’amitié, la persévérance et cette capacité, souvent enfantine, à voir la magie là où les adultes ne voient que du quotidien. Les thèmes abordés, comme l’adaptation à un nouvel environnement ou la quête de sens, ajoutent une profondeur qui rend l’histoire accessible et touchante pour tous les publics.
 
En résumé, ce premier tome est plutôt une réussite. Il allie aventure, mystère et émotion, le tout porté par une écriture fluide et des personnages mémorables. La version audio, avec sa narration vivante, en fait une expérience encore plus enrichissante. Un livre à découvrir, que l’on soit jeune lecteur ou simplement amateur de belles histoires.

mercredi 29 juillet 2026

Lylian et Sophie Ruffieux - Ce qu'il reste de toi et moi

Auteur : Lylian
Dessinateur : Sophie Ruffieux
Éditeur : Soleil
Parution : 7 mai 2026
Pages : 114
EAN-13 : 978-2302094963


Armelle et Entso sont en couple depuis 15 ans. Un travail, des enfants, une petite maison dans la banlieue parisienne. Les jours passent et se ressemblent pour ce gentil couple qui a tout et rien pour être heureux. Lors d'un moment intime, une conversation s'engage, les reproches pleuvent, la crise éclate. Fin de partie.

Armelle et Entso, l'histoire d'un couple qui a tout et rien pour être heureux. De leur rencontre passionnée à la lassitude d'un quotidien rythmé par les enfants, le travail, la routine... leur couple s'effondre lentement, et la séparation devient la seule issue pour Armelle.

Éloignés mais ensemble, Armelle et Entso vont explorer ce qu'il reste d'eux et peut-être se donner la chance de se rencontrer à nouveau. Une histoire singulière mais universelle.



Armelle et Entso forment, en apparence, un couple sans histoires : quinze ans de vie commune, des enfants, un travail, une maison de banlieue parisienne. Rien ne manque et pourtant, tout semble s'être émoussé. Lylian et Sophie Ruffieux s'attaquent ici à un sujet casse-gueule — la fin d'un amour installé — et évitent avec soin les écueils du genre : pas de grand méchant, pas de faute unique à désigner, juste l'usure ordinaire d'un quotidien qui a fini par étouffer ce qu'il portait au départ.

La rupture, quand elle survient, n'a rien de spectaculaire : une conversation dans l'intimité qui dérape, des reproches qui remontent après des années de silence. On pourrait craindre que le récit bascule alors dans le règlement de comptes facile mais ce n'est pas le parti pris des auteurs. Le scénario se garde bien de trancher : est-ce Armelle qui a raison de vouloir partir, Entso qui n'a pas su voir venir la crise, ou simplement deux vies qui ont fini par diverger sans que personne n'y soit vraiment pour quelque chose ? L'album ne tranche jamais vraiment et c'est sans doute son plus grand mérite.

Ce refus du jugement se prolonge après la séparation. Éloignés mais toujours liés — par les enfants, par l'habitude, par ce qui reste de tendresse malgré tout — Armelle et Entso continuent d'exister l'un pour l'autre, dans un entre-deux inconfortable qui n'est ni la rupture nette ni la réconciliation. Le titre annonce d'ailleurs bien ce projet : il ne s'agit pas de raconter une fin mais de faire l'inventaire de ce qui subsiste quand la vie commune s'arrête.

Le dessin de Sophie Ruffieux sert cette ambivalence avec justesse. Le trait reste doux, presque pudique, et laisse volontiers la place aux silences, aux regards qui se dérobent, aux gestes anodins du quotidien qui, une fois la routine brisée, se chargent d'un sens nouveau. On pourra regretter, à l'inverse, que cette retenue graphique et narrative laisse parfois le lecteur à distance émotionnelle du drame qui se joue — le parti pris de la nuance a aussi pour revers une certaine tiédeur, là où un peu plus d'aspérité aurait pu davantage bousculer.

Reste une chronique sensible et honnête sur le désamour, qui préfère la justesse à l'effet, et qui parle, au fond, moins d'un couple précis que d'une expérience largement partagée : celle de voir s'éloigner quelqu'un qu'on aime encore un peu.

samedi 25 juillet 2026

Ingrid Chabbert et Espé - Un espoir sans papiers

 

Auteur : Ingrid Chabbert
Dessinateur : Espé
Éditeur : Dupuis
Parution : 17 avril 2026
Pages : 104
EAN-13 : 978-2808507349


L'île d'Aix, un petit bout de terre au large de la Charente-Maritime. C'est là que Sidonie Delahaute, 78 ans, vit une terne retraite solitaire. Jusqu'au jour où un canot de migrants, broyé par une tempête, s'échoue sur la côte. Parmi eux, Ahmed, un mineur algérien qui va fuir les forces de l'ordre en se cachant chez la vieille dame. Persuadée que le jeune homme est Daniel, son fils disparu des décennies plus tôt, Sidonie va le prendre sous son aile. Et tenter de raccommoder la déchirure béante d'un passé familial mal cicatrisé... Touché par la douleur de la rugueuse vieille dame, Ahmed va-t-il ainsi démarrer une nouvelle vie ?



Un espoir sans papiers fait partie de ces histoires empreintes de douceur, de pudeur et d'une profonde humanité.

Ingrid Chabbert choisit d'aborder des sujets particulièrement sensibles (l'exil, la migration, la solitude, la vieillesse ou encore la mémoire) avec beaucoup de finesse. Ici, pas de discours moralisateur ni de démonstration appuyée. Tout passe par les émotions, les regards, les silences et les liens qui se tissent entre les personnages. Cette approche rend le récit d'autant plus touchant car il invite avant tout à voir les personnes derrière les étiquettes.

La bienveillance qui traverse chaque page. Malgré la dureté des thèmes évoqués, l'album ne sombre jamais dans le misérabilisme. Il parle de blessures, bien sûr, mais aussi de reconstruction, de solidarité et de ces rencontres inattendues qui peuvent changer une vie. Le récit porte un message d'espoir sans jamais paraître naïf, trouvant un équilibre délicat entre émotion et retenue.

Le dessin d'Espé accompagne parfaitement cette sensibilité. Son trait expressif donne énormément de force aux visages et aux émotions des personnages. Les silences sont aussi éloquents que les dialogues, tandis que les couleurs d'Aretha Battistutta apportent une chaleur qui contraste avec la gravité de certaines situations. L'ensemble dégage une véritable douceur visuelle qui renforce l'impact du récit.

J'ai également apprécié que les auteurs replacent constamment l'humain au centre de leur histoire. Plutôt que de réduire leurs personnages à leur âge, leur origine ou leur situation administrative, ils leur donnent une véritable profondeur. Le lecteur est ainsi amené à s'attacher à eux avant toute autre considération, ce qui rend le propos particulièrement fort.

Toutefois, certains passages idéalisent un peu les relations humaines. Pour ma part, cela ne m'a pas vraiment gênée. Dans un contexte où les récits autour des migrations sont souvent dominés par les tensions et les oppositions, cette bande dessinée fait le choix de mettre en avant l'écoute, l'empathie et la capacité de chacun à tendre la main.

Un espoir sans papiers est une bande dessinée sensible, généreuse et émouvante. Une lecture qui invite à regarder l'autre avec davantage de compassion et qui rappelle que les plus belles histoires sont souvent celles qui parlent simplement de notre humanité commune.

mercredi 22 juillet 2026

Askel Aden - Le Voyage de Misha, entre deux mondes perdus

Auteur / Dessinateur : Askel Aden
Éditeur : Delcourt
Parution : 2 avril 2026
Pages : 302
EAN-13 : 978-2413092285


Entre Misha et Audrey, les silences ont fini par prendre toute la place. L’absence de la mère, puis l’annonce de la non-binarité de Misha, ont encore aggravé une relation déjà fragilisée. Audrey croit pouvoir retisser le lien en imposant un voyage à deux. Mais la route dévie, et les conduit dans le Royaume des Esprits. Perdu·es dans cet ailleurs fantastique, sans repères ni issue, Misha et Audrey n’auront d’autre choix que de s’entraider, au risque de voir remonter tout ce qu’iels avaient jusque-là tenu à distance.


Réparer une relation brisée tout en traversant un royaume peuplé d'esprits : voilà une promesse qui intrigue dès les premières pages de Le Voyage de Misha : Entre deux mondes perdus. Sous les apparences d'un récit fantastique, Askel Aden signe avant tout une histoire profondément humaine, où l'aventure devient le terrain d'une réconciliation aussi incertaine que nécessaire.

Entre Misha et sa mère, Audrey, les mots se sont raréfiés depuis longtemps. Les absences accumulées, les blessures jamais refermées et l'annonce de la non-binarité de Misha ont creusé un fossé que ni l'un·e ni l'autre ne savent franchir. Un road trip imposé devait être l'occasion de renouer le dialogue mais le destin en décide autrement : une erreur de route les propulse dans un mystérieux Royaume des Esprits, où survivre passe d'abord par la nécessité de se faire confiance.

Ce qui frappe d'emblée, c'est la manière dont le fantastique ne cherche jamais à éclipser les émotions. Au contraire, chaque créature, chaque obstacle et chaque détour semblent faire écho aux tensions qui habitent les personnages. Le voyage devient alors autant intérieur que géographique, donnant au récit une belle profondeur sans jamais sacrifier son rythme.

Askel Aden aborde avec beaucoup de délicatesse des thèmes rarement traités avec autant de naturel dans une bande dessinée grand public : la parentalité imparfaite, l'identité de genre, les difficultés de communication ou encore la reconstruction d'un lien familial. Ces sujets ne sont jamais réduits à des discours ; ils prennent vie à travers des personnages crédibles, faillibles et profondément attachants.

Visuellement, l'album séduit par un dessin expressif et chaleureux. Les décors du Royaume des Esprits déploient une atmosphère onirique qui alterne émerveillement et inquiétude, tandis que les couleurs accompagnent avec justesse les variations émotionnelles du récit. L'ensemble offre un univers riche, propice à l'évasion sans perdre de vue l'intimité des personnages.
Difficile, par moments, de ne pas penser à Le Voyage de Chihiro tant ce monde parallèle mêle poésie, étrangeté et merveilleux. La comparaison s'arrête toutefois à cette ambiance : Le Voyage de Misha affirme rapidement sa propre identité en faisant de la reconstruction d'un lien familial et de la quête de soi le véritable cœur de son récit.

Avec plus de 300 pages, Le Voyage de Misha : Entre deux mondes perdus prend le temps de développer son intrigue et de laisser respirer ses protagonistes. Ce format permet d'installer une évolution crédible des relations tout en proposant une aventure généreuse, où l'action, l'humour et les moments plus contemplatifs trouvent un équilibre convaincant.

En bref, cette bande dessinée dépasse largement le simple récit initiatique. C'est une œuvre sensible qui parle d'acceptation, de pardon et de la difficulté d'aimer quand les blessures du passé pèsent encore lourd. Un roman graphique aussi touchant que dépaysant, qui saura séduire les amateurs de fantasy autant que les lecteurs en quête d'histoires humaines sincères.

lundi 20 juillet 2026

Brigitte Lecordier et Arcady Picardi - La réalité est énorme

Auteur : Brigitte Lecordier
Dessinateur : Arcady Picardi
Éditeur : Dupuis
Parution : 24 avril 2026
Pages : 152
EAN-13 : 978-2808514958


Salut, moi c'est Bibi ! J'ai 5 ans ! Ou 8... Je ne sais pas vraiment... Ce dont je suis sûre, c'est que ma vie, c'est un sacré bordel ! D'abord, y a la zone. Une sorte de grand terrain vague où les gens pas riches comme nous s'entassent. On s'y amusait bien, avant la construction du périphérique... Moi, le périph, je l'ai vu grandir ! Après, y a mes copains : Nénesse, le clochard fantastique, érudit et anarchiste ; Pouloute, la grand-mère que j'ai jamais eue ; M'sieur Muguet, l'aveugle au grand cœur...
Ensuite, ma famille. Mon père, il me fait rire. Il revient de la guerre, il connaît tous les discours de Napoléon et les déclame devant sa glace. Ma mère, c'est Madame Métro, tout le monde la connaît parce qu'elle est chef de station au métro Pigalle. Mamar, mon frère, complice de tous mes jeux et de toutes mes bêtises (mais j'en fais pas tant que ça). Et puis, il y a tous les autres...



Lorsque j'ai commencé La réalité est énorme, je ne savais absolument pas dans quoi je m'embarquais. Ce n'est pas le résumé qui m'a donné envie de découvrir cette bande dessinée mais tout simplement le nom de Brigitte Lecordier. J'apprécie son travail depuis longtemps et j'étais curieuse de la découvrir dans un registre plus personnel. Je me suis donc lancée dans cette lecture presque à l'aveugle et j'ai été complètement embarquée par ce récit aussi touchant que surprenant.

Dès les premières pages, on comprend que l'on ne va pas lire une simple autobiographie. On entre dans les souvenirs de "Bibi", une petite fille qui grandit dans la Zone parisienne, avant la construction du périphérique. À travers ses yeux d'enfant, le quotidien prend une dimension presque irréelle : les personnages sont hauts en couleur, les situations oscillent sans cesse entre le cocasse et le tragique et la frontière entre les souvenirs et les émotions devient volontairement floue.

Ce qui m'a particulièrement touchée, c'est le ton choisi par Brigitte Lecordier. Elle ne cherche jamais à susciter la pitié. Elle raconte une enfance marquée par la pauvreté, les difficultés et les blessures laissées par l'après-guerre mais toujours avec une incroyable énergie. Son regard d'enfant transforme chaque épreuve en aventure, chaque rencontre en personnage inoubliable.

Le dessin d'Arcady Picardi accompagne parfaitement cette narration. Son trait est vivant, expressif et plein de personnalité. Il donne autant de place à la fantaisie qu'à l'émotion, sans jamais édulcorer la dureté de certains événements. L'ensemble possède une identité graphique très forte qui renforce encore la puissance du récit.

J'ai également beaucoup apprécié la galerie de personnages. Entre les membres de cette famille atypique et tous ceux qui gravitent autour d'elle, chacun apporte sa touche d'humanité. On rit souvent, parfois on est bouleversé, mais on ne reste jamais indifférent.
Ce qui fait la force de La réalité est énorme, c'est finalement sa sincérité. Brigitte Lecordier ne raconte pas seulement son enfance : elle fait revivre tout un monde aujourd'hui disparu, celui des quartiers populaires de l'après-guerre, avec leurs solidarités, leurs excès, leurs blessures et leurs joies. Derrière le titre se cache une évidence : la réalité dépasse parfois largement la fiction.

Je referme cette lecture avec le sentiment d'avoir découvert une facette très intime de Brigitte Lecordier, bien loin des personnages auxquels elle prête sa voix. C'est un récit profondément humain, parfois drôle, parfois bouleversant, qui rappelle que les histoires les plus extraordinaires sont souvent celles qui ont réellement existé.
Une très belle découverte, que je n'aurais sans doute jamais choisie pour son sujet mais qui m’aura agréablement surprise.

samedi 18 juillet 2026

Alex Chauvel, Léa German et Kathrine Avraam - Sorciers & Bourbiers, Tome 1 : Le Colosse rouge

Auteur : Alex Chauvel
Dessinateur : Léa German
Coloriste : Kathrine Avraam
Éditeur : Delcourt
Parution : 23 avril 2026
Pages : 89
EAN-13 : 978-2413087366


Découvrez un nouvel univers de cape et d'épée peuplé de personnages hauts en couleur tels que des chevaliers, des sorcières et des bandits sans foi ni loi, où la magie se mêle à la terre et à la sueur !

Gaillardine, sorcière indépendante poursuivie par la loi, et Yvain, chevalier errant se faisant passer pour un ménestrel, décident de s'associer pour sortir de prison. Ensemble, ils devront affronter le commandeur Albéric de Mortemer, moine-soldat incorruptible, Raban de Thuringe, guerrier colossal revenu à l'état sauvage et Ida Trencavel, jeune veuve prête à tout pour le rester.


Il y a des bandes dessinées qui donnent immédiatement envie de partir à l'aventure dès les premières pages. Sorciers et Bourbiers, Tome 1 : Le Colosse Rouge fait partie de celles-là. Cette nouvelle série publiée chez Delcourt nous entraîne dans un univers médiéval fantastique où la magie côtoie la boue des chemins, les intrigues politiques et les combats à l'épée. Un terrain de jeu idéal pour une aventure pleine de rythme et de personnalité.

L'histoire réunit deux héros que tout oppose mais que les circonstances poussent à faire équipe : Gaillardine, une sorcière indépendante traquée par les autorités, et Yvain, un chevalier errant dissimulant sa véritable identité derrière les traits d'un ménestrel. Leur alliance improbable les entraîne rapidement dans une quête semée d'embûches, où croisent la route d'un inquisiteur inflexible, d'un mystérieux colosse et de personnages aux motivations parfois difficiles à cerner.

L'un des grands points forts de cette bande dessinée réside dans son univers. Les auteurs proposent un monde de fantasy qui ne cherche pas à réinventer tous les codes du genre mais qui les utilise avec intelligence. On retrouve des sorcières, des chevaliers, des mercenaires, des créatures inquiétantes et des conflits religieux, le tout servi par une ambiance médiévale crédible, rugueuse et vivante. L'ensemble évoque autant les récits de cape et d'épée que les grandes fresques de fantasy moderne.

Les personnages constituent également une belle réussite. Gaillardine possède un tempérament affirmé et une liberté de ton qui la rendent immédiatement attachante. Face à elle, Yvain apporte une dimension plus chevaleresque, tout en laissant entrevoir une personnalité plus complexe qu'il n'y paraît. Les échanges entre les deux protagonistes fonctionnent très bien et offrent quelques touches d'humour bienvenues au milieu d'une intrigue parfois sombre.

Graphiquement, Léa German livre un travail particulièrement séduisant. Le dessin est expressif, dynamique et riche en détails. Les décors donnent corps à cet univers médiéval, tandis que les scènes d'action restent toujours lisibles. Les couleurs de Kathrine Avraam participent pleinement à l'atmosphère, alternant les teintes chaleureuses des villages et les ambiances plus inquiétantes des lieux empreints de magie ou de violence.

Le récit prend le temps de poser ses bases mais sans jamais perdre son rythme. Les révélations s'enchaînent progressivement et donnent envie d'en découvrir davantage sur ce monde, ses règles et les secrets que cachent ses personnages. Ce premier tome remplit parfaitement son rôle d'introduction tout en proposant une aventure complète et satisfaisante.

En bref, cet ouvrage est une excellente entrée en matière pour une série qui s'annonce prometteuse. Accessible aussi bien aux amateurs de fantasy qu'aux lecteurs de bande dessinée d'aventure, cet album séduit par son univers riche, ses personnages charismatiques et sa réalisation graphique soignée. Une belle découverte qui donne clairement envie de repartir sur les chemins boueux de cette nouvelle saga dès la parution du prochain tome.

mercredi 15 juillet 2026

Régis Penet - Le procès d'un immortel

Auteur / Dessinateur : Régis Penet
Éditeur : Boîte à Bulles
Parution : 6 mai 2026
Pages : 192
EAN-13 : 978-2849535950


Depuis toujours, l’humanité rêve d’échapper à la mort.
Traumatisé par la perte de sa seule amie d’enfance, un homme richissime met toute sa fortune et ses moyens technologiques au service de ce rêve : atteindre l’immortalité. Lorsqu’il rouvre les yeux, il se retrouve dans son corps, au bord du Styx, à la frontière entre le monde des vivants et celui des morts. Il y croise ceux qui, avant lui, ont défié la mort : Orphée, Gilgamesh, et d’autres encore. Une femme l’approche et lui annonce que son immortalité est remise en cause par les dieux eux-mêmes. Il s’agit de Perséphone, souveraine des enfers, qui se propose d’être son avocate dans le procès qui l’attend.
A-t-il vraiment sa place parmi les dieux ?
Le Procès d’un immortel est un conte philosophique mêlant science-fiction et mythologie, où se confrontent la science et le sacré pour interroger la condition humaine et la notion même d’immortalité.


Avec Le Procès d'un immortel, Régis Penet propose un récit qui ne manque ni d'ambition ni d'originalité. En mêlant science-fiction, mythologie grecque et questionnements philosophiques sur la mort, le progrès et la condition humaine, l'auteur s'attaque à un sujet aussi fascinant qu'exigeant.

Visuellement, l'album est sans doute sa plus grande réussite. Les planches sont élégantes, riches en détails et donnent une véritable ampleur à ce procès hors du commun où se croisent dieux antiques et homme augmenté. Certaines scènes impressionnent par leur composition et leur capacité à rendre crédible cet univers situé entre le monde des vivants et celui des mythes.

En revanche, le récit souffre parfois de son ambition. Les nombreuses références philosophiques et mythologiques, bien que pertinentes, donnent par moments l'impression de prendre le pas sur les personnages. Les dialogues sont souvent très explicatifs et l'on ressent davantage la volonté de développer une démonstration que de faire vivre une véritable émotion. Le héros lui-même reste relativement distant, ce qui limite l'attachement que l'on peut éprouver à son égard.

Le rythme s'en ressent également. Certaines séquences du procès captivent par les idées qu'elles développent, tandis que d'autres paraissent plus répétitives et ralentissent la progression du récit. On referme l'album avec plusieurs pistes de réflexion intéressantes mais aussi avec le sentiment qu'une narration un peu plus resserrée aurait renforcé l'ensemble.

Au final, Le Procès d'un immortel est une lecture stimulante, qui mérite d'être saluée pour son audace et la qualité de sa proposition graphique. Elle ne convaincra cependant pas tous les lecteurs : ceux qui recherchent avant tout une aventure fluide risquent de trouver l'ensemble un peu démonstratif, tandis que les amateurs de récits philosophiques y trouveront largement matière à réflexion.