Auteur : Reiko Yoshida
Dessinateur : Mia Ikumi
Editeur : nobi nobi!
Tomes : 4
Ichigo Momomiya, 12 ans, est une collégienne tout à fait ordinaire, folle amoureuse du beau Aoyama. Mais alors qu'elle sortait avec ce dernier, un étrange événement s'est produit et l'a transformée en justicière "mew mew" ! Elle doit maintenant protéger la terre de l'invasion extraterrestre grâce aux pouvoirs de l'animal en voie de disparition qui sommeille en elle... Heureusement, elle n'est pas seule dans son combat : en effet, elle va bientôt retrouver quatre camarades dont les gènes ont eux aussi fusionnés avec des animaux rares !
Gare à vous, les extraterrestres, les Mew Mew bientôt au complet vont venir vous châtier !
Ma relecture de Tokyo Mew
Mew tient avant tout du hasard et de la curiosité. Ayant commencé le manga
lors de sa première sortie française chez Pika sans jamais aller au bout de
l'histoire, je suis tombée par hasard sur cette réédition proposée par nobinobi! à l'occasion des vingt ans de la licence au Japon et l'occasion était
trop belle pour ne pas enfin découvrir cette fin qui m'avait échappé. Cette
nouvelle édition mise avant tout sur son objet-livre et sur son confort de
lecture : traduction entièrement revue par Manon Debienne, sens de lecture
japonais respecté pour la première fois en France, couvertures redessinées et
surtout un découpage resserré en quatre tomes épais là où l'édition Pika de
2005 s'étalait sur sept volumes. Ce resserrement change concrètement
l'expérience de lecture et a sans doute aidé à aller au bout du récit cette
fois-ci.
Sur le fond, le manga signé
Reiko Yoshida au scénario et Mia Ikumi au dessin reste un magical girl très
classique dans sa construction : Ichigo, collégienne amoureuse du beau et
policé Aoyama, voit ses gènes fusionner avec ceux d'un chat en voie de disparition
et se retrouve entraînée dans un combat contre une invasion extraterrestre aux
côtés de quatre autres filles, chacune associée à un animal menacé. L'idée de
coupler pouvoirs magiques et cause animale est séduisante sur le papier mais
elle reste hélas en surface tout au long des tomes : le propos écologique
aurait mérité d'être bien davantage creusé, plutôt que de servir surtout de
prétexte visuel aux transformations. Le même reproche vaut pour les personnages
secondaires, très esquissés dans leur psychologie : Zakuro, par exemple,
traverse toute l'histoire sans qu'on apprenne grand-chose d'elle, ce qui est
frustrant pour un lectorat qui aurait aimé s'attacher à chacune des héroïnes et
pas seulement à Ichigo.
Certains codes du genre
passent en outre plus difficilement avec un regard adulte. Le fait que la
quasi-totalité des personnages masculins finissent par craquer pour Ichigo
relève du trope éculé et fait plus lever les yeux au ciel qu'autre chose, même
en ayant bien conscience de ne plus être le public visé par ce shôjo pensé pour
des préadolescentes.
Plus gênant, certains détails
du quotidien d'Ichigo peinent à sonner juste pour une collégienne de 12 ans :
la voir rentrer chez ses parents à 22 ou 23 heures, porter des tenues très
adultes (particulièrement sous sa forme Mew Mew) ou encore occuper un emploi
dans un café à cet âge interroge. Il est possible que certaines de ces
situations relèvent de codes culturels japonais qui échappent à un regard
extérieur mais elles n'en demeurent pas moins des détails qui distraient de
l'histoire plutôt que de la servir.
Au final, cette réédition
tient son contrat sur le plan éditorial : elle rend accessible, dans un bel
objet et sous une forme plus digeste, une série culte du genre magical girl
devenue difficile à trouver et elle m'a enfin permis de connaître le fin mot
d'une histoire laissée en suspens depuis des années.
Cependant, le scénario en
lui-même, lu avec un regard adulte, montre ses limites : des thèmes
intéressants mais sous-exploités, des personnages secondaires trop en retrait
et quelques choix d'écriture datés qui peuvent aujourd'hui prêter à sourire ou
à s'interroger.
Une lecture qui reste
sympathique et rapide mais qui laisse un goût d'inachevé sur le plan de la
profondeur.








