Auteur : Jayson Robert Ducharme
Éditeur : Editions du Chat Noir
Parution : 6 octobre 2021
Parution : 6 octobre 2021
Pages : 98
EAN-13 : 978-2375681718
EAN-13 : 978-2375681718
Au creux des Montagnes Blanches, en Nouvelle-Angleterre, la forêt Adrienne est connue pour ses paysages pittoresques, ses sentiers de randonnées… et ses morts.
Chaque année, des dizaines de personnes viennent mettre fin à leurs jours à l’ombre de ses frondaisons.
Pendaisons, noyades, overdoses… En ces bois maudits, mêlées à la mélodie des cours d’eau et au sifflement du vent, résonnent encore les lamentations de ces âmes errantes et tourmentées.
Eleanor Jackson, une jeune mère inquiète, décide de s’aventurer dans l’étrange forêt, avec l’espoir de retrouver Alan, son jeune fils dépressif, et de l’empêcher de commette l’irréparable.
Sa recherche prend bien vite une sinistre tournure, tandis que sa route croise de mystérieux personnages qui semblent vouloir la dévier de sa quête effrénée, et les spectres torturés qui hantent encore les sous-bois.
Au fur et à mesure qu’elle s’enfonce dans les profondeurs de la forêt Adrienne, Eleanor réalise avec horreur qu’elle risque d’y trouver bien plus que ce qu’elle imaginait.
Difficile de ne pas être
happée dès les premières pages par Quand vient le dégel de Jayson Robert
Ducharme, tant le format court de cette novella (une centaine de pages) impose
d'emblée un rythme resserré, presque haletant. On y suit Eleanor, dite Ellie,
une mère rongée par l'inquiétude, partie à la recherche de son fils adolescent,
Alan, disparu dans la forêt Adrienne, au cœur des Montagnes Blanches de
Nouvelle-Angleterre. Cette forêt n'existe pas, l'auteur le précise lui-même en
préface, mais elle est calquée sans ambiguïté sur la forêt japonaise
d'Aokigahara, tristement connue comme lieu de suicide. Transposer ce lieu réel
dans le Nord-Est américain est un choix fort, presque frontal, qui donne
d'emblée le ton du livre : ce n'est pas seulement un roman fantastique, c'est
avant tout un texte sur le deuil, la dépression et le suicide, habillé des
atours du conte noir et du thriller psychologique.
Cette ambition se ressent dans
l'écriture. L’auteur ne cherche pas l'effroi facile ni le gore ; il construit
une atmosphère oppressante, faite de silences, de bruissements et de figures
énigmatiques qui croisent la route d'Eleanor sans jamais totalement lever le
voile sur leur nature. Le folklore et le surnaturel infusent le récit sans
jamais l'écraser, laissant la douleur humaine occuper le centre de la scène. On
sent une vraie intention derrière ce texte, y compris une forme de colère
assumée envers la fascination morbide et l'exploitation commerciale de ce genre
de lieux, qui fait souvent l'impasse sur ce qui pousse réellement des gens à
vouloir en finir. Cette dimension donne au roman une gravité et une sincérité
qui dépassent le simple exercice de style horrifique.
Pour autant, tout ne
fonctionne pas avec la même évidence pour moi. La brièveté du format, si elle
sert la tension narrative, a aussi joué contre mon attachement aux personnages
: j'ai eu du mal à me sentir pleinement investie dans le parcours d'Eleanor,
comme si l'urgence du récit ne laissait pas le temps de développer une vraie
épaisseur émotionnelle autour d'elle. J'ai aussi ressenti un léger décalage
entre ce que l'étiquette "horreur" me laissait attendre et ce que le
texte propose réellement, davantage tourné vers l'exploration psychologique que
vers la peur pure. Ce n'est pas un défaut en soi mais c'est ce qui a un peu
freiné mon adhésion totale à cette lecture.
Au bout du compte, Quand
vient le dégel reste un texte qui marque, moins par ses effets que par le
sujet qu'il ose regarder en face avec une réelle délicatesse. Ce n'est pas un
roman qui cherche à distraire mais un texte à consommer avec une certaine
préparation, sachant ce qu'il aborde de front. Il se lit vite, presque d'une
traite, et laisse une empreinte plus grave que ce que sa taille pourrait
laisser penser, même si l'on peut regretter de ne pas s'être senti totalement
embarquée aux côtés de son héroïne jusqu'au bout.








