Auteur : Hubert
Dessinateur : Gaëlle Hersent
Éditeur : Soleil
Collection : Métamorphose
Parution : 31 août 2022
Pages : 120
EAN-13 : 978-2302098480
EAN-13 : 978-2302098480
Le talent d'Illian, jeune sculpteur, franchit les frontières de Solidor et suscite l'intérêt jusqu'à Bélizonde, seule cité dirigée par des artistes. Un couple de grands maîtres sculpteurs, Tullio et Zenia, parvient à convaincre le jeune d'homme d'intégrer leur prestigieux atelier. Leur souhait ? Le faire concourir à un grand événement qui leur permettrait de sauver leur atelier, leur savoir-faire...
Certaines œuvres se contentent de narrer une aventure, tandis que d’autres touchent quelque chose de plus profond. Avec le second tome du Boiseleur, Hubert et Gaëlle Hersent livrent une œuvre délicate, profondément humaine, où l’art devient autant une quête intérieure qu’un langage universel.
Après un premier tome centré
sur l’éveil du jeune Illian à son talent de sculpteur, cette suite élargit
considérablement l’univers de la série. Le jeune artisan quitte Solidor pour
Bélizonde, cité entièrement tournée vers les arts, où il rejoint l’atelier des
maîtres Tullio et Zénia. Derrière l’apprentissage technique se dessine alors un
véritable récit initiatique : comment rester fidèle à son inspiration lorsque
l’art devient prestige, compétition et héritage ?
Ce qui frappe immédiatement
dans cet album, c’est sa capacité à rendre la sculpture vivante. Rarement une bande
dessinée aura aussi bien retranscrit le poids de la matière, la patience du
geste ou encore la relation presque mystique entre l’artiste et son œuvre.
Chaque planche semble taillée dans le bois ou la pierre, avec un trait
organique et des couleurs chaleureuses qui donnent au récit une atmosphère de
conte intemporel.
Le travail graphique de Gaëlle
Hersent impressionne particulièrement dans les scènes d’atelier. Les regards,
les mains, les copeaux, les textures : tout participe à cette sensation tactile
qui traverse l’album. On sent l’amour du geste artisanal à chaque page.
Certains décors évoquent même une Renaissance fantasmée, quelque part entre
Venise, les cités marchandes et les récits merveilleux.
Mais L’Esprit d’atelier
ne se contente pas d’être beau. L’album parle aussi de transmission, de
jalousie artistique, de filiation spirituelle et de la peur de voir disparaître
un savoir-faire. Illian découvre un monde où le talent seul ne suffit plus : il
faut apprendre à créer sous le regard des autres, à accepter les règles du
maître tout en conservant sa singularité. Cette tension donne au récit une
profondeur inattendue et parfois mélancolique.
Le récit aborde également,
avec beaucoup de subtilité, la place des femmes dans cet univers artistique.
Malgré leur talent et leur sensibilité, elles semblent condamnées à rester dans
l’ombre, comme si leur légitimité était sans cesse remise en question dans un
art dominé par les hommes. Cette absence de reconnaissance apporte une
dimension plus sociale au récit et renforce encore la richesse de ses
thématiques.
Et puis il y a cette œuvre
finale d’Illian. En la découvrant, j’ai eu le sentiment de recevoir de plein
fouet toute l’émotion qu’il avait cherché à transmettre à travers son art.
Chaque détail semble habité par ses doutes, ses blessures et sa sensibilité.
C’est un moment profondément bouleversant, où la sculpture dépasse la simple
beauté visuelle pour devenir une émotion à part entière.
Impossible également de ne pas
évoquer la dimension émouvante de cette lecture lorsque l’on sait que la série
a été interrompue par la disparition du scénariste Hubert. Initialement pensée
comme une trilogie, Le Boiseleur s’achève ici de manière prématurée.
Pourtant, malgré cette conclusion contrainte, l’album conserve une vraie
cohérence émotionnelle. On referme le livre avec le sentiment d’avoir contemplé
une œuvre inachevée, certes, mais précieuse.
En bref, ce second volume est
une bande dessinée rare : poétique sans être prétentieuse, contemplative sans
jamais devenir ennuyeuse. Une ode à l’artisanat, à la création et à la beauté
du geste. Les amateurs de récits initiatiques, d’univers oniriques et de bandes
dessinées sensibles y trouveront un véritable bijou.








