Auteur : Samantha Shannon
Éditeur : J'ai Lu
Parution : 3 février 2021 et 7 avril 2021
Pages : 608 et 608
EAN-13 : 978-2290253175 et 978-2290255858
Un monde divisé. Un reinaume sans héritière. Un ancien ennemi s'éveille. La maison Berethnet règne sur l'Inys depuis près de mille ans. La reine Sabran IX qui rechigne à se marier doit absolument donner naissance à une héritière pour protéger son reinaume de la destruction, mais des assassins se rapprochent d'elle... Ead Duryan est une marginale à la cour. Servante de la reine en apparence, elle appartient à une société secrète de mages.
Sa mission est de protéger Sabran à tout prix, même si l'usage d'une magie interdite s'impose pour cela. De l'autre côté de l'Abysse, Tané s'est entraînée toute sa vie pour devenir une dragonnière et chevaucher les plus impressionnantes créatures que le monde ait connues. Elle va cependant devoir faire un choix qui pourrait bouleverser son existence. Pendant que l'Est et l'Ouest continuent de se diviser un peu plus chaque jour, les sombres forces du chaos s'éveillent d'un long sommeil...
Bientôt, l'humanité devra s'unir si elle veut survivre à la plus grande des menaces.
Lecture du mois de février pour le Bookclub du Chapelier, organisé par Chez Cha Cheshire, le thème nous invitait à explorer la high fantasy.
Dès les premières pages, le
monde se déploie. Non pas esquissé — mais construit pierre après pierre. Le worldbuilding
est d’une richesse impressionnante : dynasties, croyances, légendes
contradictoires, géographies opposées, dragons multiples dans leurs
symboliques. On sent que rien n’est laissé au hasard, que chaque élément
s’imbrique dans un ensemble plus vaste.
C’est une fantasy qui prend
son temps. Elle ne cherche pas l’effet immédiat, elle installe. Elle exige que
l’on s’abandonne à son rythme, que l’on accepte de ne pas tout comprendre
d’emblée et c’est précisément cette densité qui lui donne sa profondeur.
Il y a dans ce roman une
manière de replacer les femmes au centre du monde. Pas comme un manifeste
bruyant mais comme une évidence.
J’ai particulièrement apprécié
Ead et Tané.
Ead pour sa retenue, son intelligence silencieuse, cette façon d’habiter les
marges tout en influençant le centre.
Tané pour sa détermination, sa tension intérieure entre ambition personnelle et
loyauté culturelle.
Elles évoluent, doutent,
trébuchent, mais avancent.
En revanche, je dois avouer
que l’alchimiste, Niclays, ne m’a pas convaincue. Peut-être est-ce sa posture
désabusée, son cynisme parfois répétitif ou son rôle de spectateur désenchanté
du monde. Là où les autres personnages cherchent à transformer l’histoire, lui
semble souvent la commenter. Je n’ai pas réussi à m’attacher à son errance.
Ce qui m’a frappée également,
c’est cette sensation que le roman n’épuise pas son propre univers. Samantha
Shannon laisse des portes entrouvertes, des respirations dans le tissu du
monde. Une — voire plusieurs — suites seraient possibles.
Étrangement, loin de me
frustrer, cette impression m’a donné envie d’y retourner. Comme si le monde
continuait d’exister indépendamment du livre refermé.
On sent que l’histoire
racontée n’est qu’un fragment d’un ensemble plus vaste.
Pour un roman du genre high
fantasy, je m’attendais peut-être à davantage de tension tragique
constante. Or, ici, la grandeur est plus architecturale qu’explosive. Le texte
préfère la construction à la déflagration.
Par moments, le rythme s’étire.
Certains dénouements paraissent rapides au regard du temps consacré à
l’installation. Toutefois, cette lenteur participe aussi de l’atmosphère :
celle d’un monde ancien, chargé de siècles de croyances et de silences.
En somme, ce n’est pas un
roman que l’on dévore.
C’est un roman que l’on habite.
Dans le cadre du thème high
fantasy, il incarne pleinement l’ampleur du genre : dragons, reines,
prophéties, luttes religieuses mais aussi mémoire, transmission et vérité
cachée.
Je referme Le Prieuré de l’Oranger avec le
sentiment d’avoir traversé un monde plus que suivi une intrigue. Et avec cette
curiosité persistante : que reste-t-il encore à découvrir derrière ces portes
laissées entrouvertes ?


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