mercredi 30 septembre 2026

Robert McCAmmon - L'Heure du Loup

Auteur : Robert McCammon
Lecteur : Hadrien Rouchard
Éditeur : VOolume et Monsieur Toussaint Louverture
Parution : 29 mai 2026 et 22 mai 2026
Durée et pages : 12 h 50 min et 480 pages
EAN-13 : 978-2384497164 et 978-2381962429


En pleine Seconde Guerre mondiale, à la veille du Débarquement, il est parachuté dans une France occupée où chaque pas peut être le dernier. Sa mission pourrait infléchir le cours de la guerre.
Mais son histoire commence bien avant. Recueilli enfant dans les étendues sauvages de Russie et élevé par une meute cachée au cœur d'un palais abandonné, il a appris à maîtriser ce que les autres redoutent : la métamorphose, la violence et l'instinct. Cependant le véritable combat n'est pas de devenir un loup, mais de rester un homme.



 
Découvrir L'Heure du loup en deux temps et deux formats, l'écoute pour le premier volume, le papier pour le second, donne une saveur particulière à cette plongée dans la Seconde Guerre mondiale version fantastique. Le postulat est accrocheur : Michael Gallatin, agent secret parachuté en France occupée à la veille du Débarquement, n'est pas un espion ordinaire puisqu'il a grandi parmi les loups et peut se transformer en l'un d'eux. L’auteur construit son roman en tressant deux fils : d’une part, l'enfance sauvage du personnage recueilli en Russie et élevé par une meute nichée dans un palais abandonné, d’autre part, sa mission d'espionnage au cœur d'un projet nazi obscur. Cette architecture en aller-retour permet de faire respirer le récit, entre tension d'infiltration et respiration mythologique, sans jamais perdre le lecteur de vue.

En audio, la voix du narrateur Hadrien Rouchard porte bien cette tension entre instinct et conscience et l'ambiance sonore du studio VOolume, sans recours à l'IA, ajoute un vrai relief aux scènes de guerre et de métamorphose.
Cependant, j'ai eu du mal à entrer dans l'écoute au début, notamment à cause des archétypes assez convenus côté espionnage. Le roman date de la fin des années 1980 et cela se sent : la société a évolué depuis, ce qui crée un décalage entre ce que le texte propose et ce qu'on peut en attendre aujourd'hui.
Ce décalage se ressent particulièrement dans le traitement des personnages féminins. Certes, elles participent à la résistance mais elles restent trop souvent réduites à leur physique et finissent presque systématiquement dans les bras (et le lit) du héros, qui se révèle immanquablement être un bon coup. Cela m'a beaucoup fait penser aux vieux James Bond : j'ai un vrai attachement nostalgique pour ces films, qui me rappellent mon enfance et mon père, mais leurs personnages féminins mériteraient clairement d'être repensés. Le constat vaut tout autant ici.

Au fil des deux tomes, la mission de Michael Gallatin s'enfonce toujours plus profondément derrière les lignes ennemies et le loup en lui semble prendre le dessus à mesure que la pression monte, ce qui déplace peu à peu le récit vers quelque chose de plus intérieur.

L'ambition de Robert McCammon, qui refuse de choisir entre fantastique, thriller et fresque historique, reste le vrai point fort de ce diptyque.

En bref, j'ai passé un bon moment, sans pour autant en ressortir bouleversée : une lecture (et une écoute) honnête, à réserver aux amateurs de grandes aventures qui savent prendre le texte pour ce qu'il est, avec son époque et ses limites.

samedi 26 septembre 2026

Lynette Noni - Shadow Reaper, Tome 1 : La Traque des Faucheurs

Auteur : Lynette Noni
Lecteur : Adelaïde Poulard
Éditeur : VOolume
Parution : 24 juin 2026
Durée : 12 h 09 min
EAN-13 : 978-2384497300


ON NE MARCHANDE PAS AVEC UN FAUCHEUR.

Sur l’île d’Elverdine, le danger est partout. Les rues sont envahies par une brume noire qui tue tout ce qu’elle touche, et par des faucheurs qui ne laissent derrière eux que des cadavres. Viridia Solace, jeune traqueuse de dix-sept ans, n’a qu’un objectif en tête : capturer leur chef, l’homme qui a assassiné ses parents. Mais le célèbre Prêtre des Faucheurs échappe aux meilleurs traqueurs de l’île depuis des années. Jusqu’à ce que le vent tourne. Quand Reeve Ashton, le bras droit du Prêtre, est capturé, il propose à Viri un marché. La jeune fille a beau savoir qu’elle ne peut faire confiance à un faucheur, encore moins à celui-ci, la tentation de venger la mort de ses parents est trop forte. Mais le prix à payer est élevé et bientôt Viri risque de tout perdre… y compris son cœur.



 
Shadow Reaper est ma première rencontre avec Lynette Noni. Je connaissais son nom grâce à la trilogie Prison Healer, que je n'ai jamais lue, moins par manque d'envie que par manque de temps, avec trop de sagas à terminer avant de m'y lancer. C'est donc sans point de comparaison, et surtout sans attente particulière, que j'ai écouté ce premier tome de la duologie. Cela a sans doute joué en sa faveur : j'ai passé un bon moment d'écoute et je l'aurais probablement abordé plus sévèrement si j'en avais espéré quelque chose de précis.

Ce qui m'a le plus séduite, c'est le worldbuilding. Sur l'île d'Elverdine, une brume noire tue tout ce qu'elle touche, la ville d'Aravell vit sous la menace des faucheurs et une guerre de longue date oppose ces derniers aux traqueurs chargés de protéger la population, les enfants en particulier.
L'univers est posé avec suffisamment de soin pour créer une ambiance sombre et cohérente, qui donne envie d'en découvrir davantage. C'est à mes yeux la vraie force de ce premier tome, celle qui compense en partie ses faiblesses.

Car l'intrigue, elle, ne m'a pas surprise. Dès le début, j'ai su comment les événements allaient tourner. Je comprends tout à fait le sentiment de déjà vu que certains lecteurs peuvent éprouver. Cela ne m'a pas gâché l'écoute mais cela m'a privée de la tension qu'apportent les rebondissements imprévisibles.

C'est du côté des personnages que le bât blesse un peu, tant ils manquent de matière.
Reeve reste peu développé, même si la fin laisse penser que la suite lui donnera davantage d'épaisseur, et je veux bien lui accorder ce crédit.
Les personnages secondaires, eux, sont trop mis de côté à mon goût alors qu'ils paraissent prometteurs et il est frustrant de sentir ce potentiel sans le voir exploité.
Quant à Viri, elle m'a semblé incarner l'héroïne pas comme les autres, figure très présente en fantasy, et j'ai eu du mal à m'attacher à elle. Elle m'a laissée plutôt indifférente, à une exception près : un passage où j'ai pu comprendre sa douleur, sur lequel je ne m'étendrai pas pour ne rien dévoiler.

Un mot sur le format audio, qui compte dans mon appréciation globale. VOolume propose ici une version d'un peu plus de douze heures, enregistrée en studio par une comédienne, Adélaïde Poulard, sans recours à l'intelligence artificielle, et accompagnée d'une création musicale signée Benoît Chéritel. Une voix unique doit porter à elle seule tous les personnages, les silences et la menace diffuse de cet univers, et cette écoute a été pour moi un moment agréable de bout en bout, malgré les réserves formulées plus haut sur l'histoire elle-même.

Reste la fin du volume, qui m'a laissée sur un cliffhanger, et c'est là que ma curiosité s'est réveillée. Sans rien dévoiler, elle change suffisamment la perspective pour que je veuille savoir comment l'autrice compte s'en servir, notamment pour donner aux personnages la profondeur qui leur manque encore. La suite est annoncée pour 2027 en version originale et je serai au rendez-vous, même si mon enthousiasme dépendra de la façon dont elle exploitera ce potentiel.

La Traque des Faucheurs est donc un premier tome agréable plus que marquant, qui repose surtout sur la solidité de son univers. Il conviendra à ceux qui aiment la fantasy young adult sombre et qui ne craignent pas les ressorts familiers, à condition de ne pas en attendre trop d'originalité.

 

mercredi 23 septembre 2026

Tatsuki Fujimoto - 22-26

 

Auteur / Dessinateur : Tatsuki Fujimoto
Éditeur : Kazé
Parution : 8 juin 2022
Pages : 198
EAN-13 : 978-2820344762


Dans la continuité de 17-21, découvrez de nouvelles histoires courtes dessinées entre ses 22 et 26 ans par le génial Tatsuki Fujimoto, l'auteur de Chainsaw Man ! Ambiance kafkaïenne, légèreté d'un quotidien glissant dans le surnaturel, exploration de la frontière entre sexualité et violence, fascination et répulsion... Ici, le style du mangaka s'affine pour composer des récits poignants où le drame menace d'éclater sur chaque planche. Autant de nouvelles dans lesquelles se cachent les bourgeons de chefs-d'œuvre à venir !


Après 17-21, dont l'adhésion m'avait laissée en dents de scie, je n'ai pas hésité longtemps avant de passer à 22-26. L'envie de vérifier si Tatsuki Fujimoto, quelques années plus tard, parviendrait à m'embarquer plus franchement l'a emporté sur mes réserves habituelles. Ce second recueil rassemble quatre récits écrits entre ses 22 et 26 ans, que j'ai lus avant de découvrir leurs adaptations en animé.

Mermaid Rhapsody ouvre le recueil et m'a agréablement surprise. Cette romance entre un garçon et une sirène, nouée autour d'un piano immergé, prend le temps de respirer et cette relative douceur, inhabituelle chez l'auteur, m'a séduite. On y sent un Fujimoto plus posé, plus sûr de lui, qui préfère installer une atmosphère plutôt que courir après l'effet de choc. L'animé, avec sa musique, donne d'ailleurs corps à ce que le papier ne fait que suggérer.

Woke-Up-as-a-Girl Syndrome est celui qui m'a le plus laissée perplexe. Je devine l'intention de départ, une réflexion sur l'identité et le désir, mais le traitement de la question du genre m'a laissée dubitative. Des répliques comme « tu pleures comme une fillette » ou « sois un homme » m'ont franchement fait tiquer. Il s'agit peut-être d'une question culturelle, d'un décalage entre ce que je perçois et ce qui passe plus naturellement au Japon mais je n'ai pas réussi à dépasser cet inconfort. Je le lis davantage comme une exploration à tâtons que comme une réussite.

Nayuta of the Prophecy est peut-être mon préféré du recueil, sans que j'ose vraiment l'affirmer, tant les récits sont différents. Ce frère qui protège coûte que coûte une petite sœur dont on annonce qu'elle détruira le monde condense ce que le mangaka sait faire de mieux, entre tendresse, cruauté et fatalité, et la fin m'a touchée.

Sisters, enfin, met en scène deux sœurs liées par la peinture, l'admiration et la jalousie. J'ai apprécié le message que porte ce récit bien mené, qui m'a parlé plus que je ne m'y attendais.

Ce recueil me semble plus abouti que 17-21, avec des histoires plus maîtrisées et un auteur qui apprivoise peu à peu sa propre étrangeté, même si tout ne fonctionne pas avec la même force. Je n'y ai pas trouvé de quoi effacer mes hésitations envers son univers, mais assez de vrais moments de grâce pour avoir envie de continuer à le suivre, à mon rythme.

samedi 19 septembre 2026

Tatsuki Fujimoto - 17-21

 

Auteur / Dessinateur : Tatsuki Fujimoto
Éditeur : Kazé
Parution : 18 mai 2022
Pages : 176
EAN-13 : 978-2820344755


À travers quatre récits de jeunesse dessinés entre 17 et 21 ans, découvrez les origines de l'oeuvre du génial Tatsuki Fujimoto, l'auteur de Chainsaw Man ! Thématique post-apocalyptique, atmosphère étrange et inquiétante, humour basculant dans la violence, antihéros naïfs et dépassés par les évènements... les principaux motifs chers à Fujimoto sont déjà présents. Derrière les tâtonnements et les idées qui fusent, la force narrative de l'artiste se déploie à travers des récits tous saisissants.


Après Fire Punch, dont le début m'avait vraiment emballée avant de me perdre en chemin, je gardais un rapport un peu hésitant à l'œuvre de Tatsuki Fujimoto. C'est d'ailleurs ce qui explique que je n'aie jamais franchi le pas vers Chainsaw Man, malgré les échos très positifs qui m'en sont parvenus régulièrement. 17-21 m'a semblé une bonne occasion de renouer avec cet auteur sous un angle différent, celui de ses débuts, à travers quatre récits courts dessinés entre ses 17 et 21 ans.

Deux poules au fond du jardin ouvre le recueil et en reste, à mes yeux, le sommet. C'est mon histoire favorite de l'anthologie, celle où l'on sent déjà se dessiner cette étrangeté propre à Fujimoto, mêlée à une tendresse inattendue qui m'a touchée davantage que je ne m'y attendais.
Juste derrière, Shikaku occupe une place de choix dans mes préférences ; une hiérarchie que j'ai retrouvée telle quelle en visionnant les adaptations animées, comme si mon ressenti sur le papier s'était confirmé à l'écran.
L'élève Sasaki a arrêté une balle est sans doute le récit qui m'a le plus laissée sur le bord du chemin. Je comprends très bien ce que l'histoire cherche à transmettre, le message est clair et cohérent avec les obsessions de l'auteur, mais je n'ai pas réussi à m'y sentir vraiment perméable, comme si le propos me parvenait sans jamais complètement m'atteindre.
Quant à L'amour est aveugle, je l'ai apprécié sans réserve mais avec un bémol : je trouve que cette histoire fonctionne mieux en animé que sur le papier, comme si le rythme et la mise en scène de l'adaptation lui apportaient quelque chose que le manga, à lui seul, ne parvenait pas tout à fait à installer.

Au final, cette anthologie confirme ce que Fire Punch m'avait déjà laissé entrevoir : chez Fujimoto, l'inspiration est réelle et le talent indéniable, mais l'adhésion à ses récits reste chez moi en dents de scie, portée par de vrais moments de grâce entrecoupés d'instants où je reste simplement spectatrice, sans être totalement embarquée.

mercredi 16 septembre 2026

Mia Ikumi et Reiko Yoshida - Tokyo Mew Mew

Auteur : Reiko Yoshida
Dessinateur : Mia Ikumi
Editeur : nobi nobi!
Tomes : 4


Ichigo Momomiya, 12 ans, est une collégienne tout à fait ordinaire, folle amoureuse du beau Aoyama. Mais alors qu'elle sortait avec ce dernier, un étrange événement s'est produit et l'a transformée en justicière "mew mew" ! Elle doit maintenant protéger la terre de l'invasion extraterrestre grâce aux pouvoirs de l'animal en voie de disparition qui sommeille en elle... Heureusement, elle n'est pas seule dans son combat : en effet, elle va bientôt retrouver quatre camarades dont les gènes ont eux aussi fusionnés avec des animaux rares !
Gare à vous, les extraterrestres, les Mew Mew bientôt au complet vont venir vous châtier !



Ma relecture de Tokyo Mew Mew tient avant tout du hasard et de la curiosité. Ayant commencé le manga lors de sa première sortie française chez Pika sans jamais aller au bout de l'histoire, je suis tombée par hasard sur cette réédition proposée par nobinobi! à l'occasion des vingt ans de la licence au Japon et l'occasion était trop belle pour ne pas enfin découvrir cette fin qui m'avait échappé. Cette nouvelle édition mise avant tout sur son objet-livre et sur son confort de lecture : traduction entièrement revue par Manon Debienne, sens de lecture japonais respecté pour la première fois en France, couvertures redessinées et surtout un découpage resserré en quatre tomes épais là où l'édition Pika de 2005 s'étalait sur sept volumes. Ce resserrement change concrètement l'expérience de lecture et a sans doute aidé à aller au bout du récit cette fois-ci.

Sur le fond, le manga signé Reiko Yoshida au scénario et Mia Ikumi au dessin reste un magical girl très classique dans sa construction : Ichigo, collégienne amoureuse du beau et policé Aoyama, voit ses gènes fusionner avec ceux d'un chat en voie de disparition et se retrouve entraînée dans un combat contre une invasion extraterrestre aux côtés de quatre autres filles, chacune associée à un animal menacé. L'idée de coupler pouvoirs magiques et cause animale est séduisante sur le papier mais elle reste hélas en surface tout au long des tomes : le propos écologique aurait mérité d'être bien davantage creusé, plutôt que de servir surtout de prétexte visuel aux transformations. Le même reproche vaut pour les personnages secondaires, très esquissés dans leur psychologie : Zakuro, par exemple, traverse toute l'histoire sans qu'on apprenne grand-chose d'elle, ce qui est frustrant pour un lectorat qui aurait aimé s'attacher à chacune des héroïnes et pas seulement à Ichigo.

Certains codes du genre passent en outre plus difficilement avec un regard adulte. Le fait que la quasi-totalité des personnages masculins finissent par craquer pour Ichigo relève du trope éculé et fait plus lever les yeux au ciel qu'autre chose, même en ayant bien conscience de ne plus être le public visé par ce shôjo pensé pour des préadolescentes.
Plus gênant, certains détails du quotidien d'Ichigo peinent à sonner juste pour une collégienne de 12 ans : la voir rentrer chez ses parents à 22 ou 23 heures, porter des tenues très adultes (particulièrement sous sa forme Mew Mew) ou encore occuper un emploi dans un café à cet âge interroge. Il est possible que certaines de ces situations relèvent de codes culturels japonais qui échappent à un regard extérieur mais elles n'en demeurent pas moins des détails qui distraient de l'histoire plutôt que de la servir.

Au final, cette réédition tient son contrat sur le plan éditorial : elle rend accessible, dans un bel objet et sous une forme plus digeste, une série culte du genre magical girl devenue difficile à trouver et elle m'a enfin permis de connaître le fin mot d'une histoire laissée en suspens depuis des années.
Cependant, le scénario en lui-même, lu avec un regard adulte, montre ses limites : des thèmes intéressants mais sous-exploités, des personnages secondaires trop en retrait et quelques choix d'écriture datés qui peuvent aujourd'hui prêter à sourire ou à s'interroger.
Une lecture qui reste sympathique et rapide mais qui laisse un goût d'inachevé sur le plan de la profondeur.

mercredi 9 septembre 2026

Jayson Robert Ducharme - Quand vient le dégel

 


Auteur : Jayson Robert Ducharme
Éditeur : Editions du Chat Noir
Parution : 6 octobre 2021
Pages : 98
EAN-13 : 978-2375681718



Au creux des Montagnes Blanches, en Nouvelle-Angleterre, la forêt Adrienne est connue pour ses paysages pittoresques, ses sentiers de randonnées… et ses morts.
Chaque année, des dizaines de personnes viennent mettre fin à leurs jours à l’ombre de ses frondaisons.
Pendaisons, noyades, overdoses… En ces bois maudits, mêlées à la mélodie des cours d’eau et au sifflement du vent, résonnent encore les lamentations de ces âmes errantes et tourmentées.
Eleanor Jackson, une jeune mère inquiète, décide de s’aventurer dans l’étrange forêt, avec l’espoir de retrouver Alan, son jeune fils dépressif, et de l’empêcher de commette l’irréparable.
Sa recherche prend bien vite une sinistre tournure, tandis que sa route croise de mystérieux personnages qui semblent vouloir la dévier de sa quête effrénée, et les spectres torturés qui hantent encore les sous-bois.
Au fur et à mesure qu’elle s’enfonce dans les profondeurs de la forêt Adrienne, Eleanor réalise avec horreur qu’elle risque d’y trouver bien plus que ce qu’elle imaginait.



Difficile de ne pas être happée dès les premières pages par Quand vient le dégel de Jayson Robert Ducharme, tant le format court de cette novella (une centaine de pages) impose d'emblée un rythme resserré, presque haletant. On y suit Eleanor, dite Ellie, une mère rongée par l'inquiétude, partie à la recherche de son fils adolescent, Alan, disparu dans la forêt Adrienne, au cœur des Montagnes Blanches de Nouvelle-Angleterre. Cette forêt n'existe pas, l'auteur le précise lui-même en préface, mais elle est calquée sans ambiguïté sur la forêt japonaise d'Aokigahara, tristement connue comme lieu de suicide. Transposer ce lieu réel dans le Nord-Est américain est un choix fort, presque frontal, qui donne d'emblée le ton du livre : ce n'est pas seulement un roman fantastique, c'est avant tout un texte sur le deuil, la dépression et le suicide, habillé des atours du conte noir et du thriller psychologique.

Cette ambition se ressent dans l'écriture. L’auteur ne cherche pas l'effroi facile ni le gore ; il construit une atmosphère oppressante, faite de silences, de bruissements et de figures énigmatiques qui croisent la route d'Eleanor sans jamais totalement lever le voile sur leur nature. Le folklore et le surnaturel infusent le récit sans jamais l'écraser, laissant la douleur humaine occuper le centre de la scène. On sent une vraie intention derrière ce texte, y compris une forme de colère assumée envers la fascination morbide et l'exploitation commerciale de ce genre de lieux, qui fait souvent l'impasse sur ce qui pousse réellement des gens à vouloir en finir. Cette dimension donne au roman une gravité et une sincérité qui dépassent le simple exercice de style horrifique.

Pour autant, tout ne fonctionne pas avec la même évidence pour moi. La brièveté du format, si elle sert la tension narrative, a aussi joué contre mon attachement aux personnages : j'ai eu du mal à me sentir pleinement investie dans le parcours d'Eleanor, comme si l'urgence du récit ne laissait pas le temps de développer une vraie épaisseur émotionnelle autour d'elle. J'ai aussi ressenti un léger décalage entre ce que l'étiquette "horreur" me laissait attendre et ce que le texte propose réellement, davantage tourné vers l'exploration psychologique que vers la peur pure. Ce n'est pas un défaut en soi mais c'est ce qui a un peu freiné mon adhésion totale à cette lecture.

Au bout du compte, Quand vient le dégel reste un texte qui marque, moins par ses effets que par le sujet qu'il ose regarder en face avec une réelle délicatesse. Ce n'est pas un roman qui cherche à distraire mais un texte à consommer avec une certaine préparation, sachant ce qu'il aborde de front. Il se lit vite, presque d'une traite, et laisse une empreinte plus grave que ce que sa taille pourrait laisser penser, même si l'on peut regretter de ne pas s'être senti totalement embarquée aux côtés de son héroïne jusqu'au bout.

samedi 5 septembre 2026

Aziliz Kondracki et Anaïs Schenké - Forever Love : Quand la télé-réalité s'empare de l'amour

Auteurs : Aziliz Kondracki et Anaïs Schenké
Éditeur : Steinkis
Parution : 15 mai 2026
Pages : 160
EAN-13 : 978-2368469057


Pourquoi aimons-nous tant regarder des gens tomber amoureux à la télé ? Lola et Myrtille sont amies depuis toujours et partagent une passion : regarder ensemble des émissions de téléréalité sentimentales : Love is Blind, Mariés au premier regard, l'Amour est dans le pré et bien d'autres. Elles vibrent au rythme des épisodes et des participantes même si elles voient bien que tout est loin d'être parfait.

Alors, ensemble, elles décident de s'interroger sur leur passion et ce qui les fascine. Avec un regard féministe et en acceptant leurs contradictions, elles portent un regard tendre et critique sur l'amour sur petit écran et analysent les mythes autour du couple, de la romance et de l'hétérosexualité.




Forever Love n'est pas de prime abord le genre d'ouvrage vers lequel je serais spontanément allée : sans télévision chez moi et sans attirance particulière pour la télé-réalité, quelle qu'elle soit, j'aurais pu passer à côté de ce roman graphique signé Anaïs Schenké et Aziliz Kondracki. Et pourtant, c'est précisément cette distance qui rend la lecture intéressante car le livre ne s'adresse pas seulement aux amatrices du genre. Il s'agit moins d'un éloge ou d'un règlement de comptes envers les émissions sentimentales que d'une véritable dissection de ce qu'elles racontent de nous, de nos représentations du couple et de l'amour hétérosexuel normé.

Le postulat de départ, deux amies que tout oppose sur leur rapport au couple mais que la même curiosité pour ces programmes réunit, fonctionne bien comme fil conducteur. Il évite l'écueil du simple catalogue de références ou de la thèse universitaire déguisée en bande dessinée. On sent la double casquette des autrices, l'une venant de la culture pop et de l'écriture féministe, l'autre de la recherche en sciences sociales à l'EHESS, et cet équilibre entre légèreté du ton et exigence du propos est sans doute la vraie réussite de l'ouvrage. On peut rire des mécanismes des coups de foudre en direct et des mariages express tout en interrogeant sérieusement ce qu'ils fabriquent comme normes.

Je resterai prudente sur l'expérience de lecture globale, n'ayant aucun bagage personnel de spectatrice de ces émissions pour comparer les analyses proposées à mon propre vécu télévisuel. Une partie du plaisir de reconnaissance, celui de retrouver des scènes ou des figures familières, m'a sans doute échappé. Ma situation personnelle ajoute d'ailleurs une autre forme de distance : ayant rencontré mon mari à dix-neuf ans, je n'ai jamais connu les affres de la recherche amoureuse adulte, cette quête que ces émissions mettent en scène et dont le livre interroge les ressorts. Ce double décalage, à l'écran comme dans mon propre parcours, aurait pu rendre l'essai hermétique. Il n'en est rien : les questions posées sur les scripts amoureux imposés par la culture populaire dépassent largement l'expérience vécue de chacune, qu'on l'ait traversée devant son poste de télévision ou qu'on l'ait tout simplement esquivée par le hasard d'une rencontre précoce.

mercredi 2 septembre 2026

George R. R. Martin - Chroniques du chevalier errant

 

Auteur : George R. R. Martin
Editeur : J'ai lu
Parution : 7 janvier 2026
Pages : 448
EAN-13 : 978-2290427248


Qu'il joute ou qu'il guerroie, le chevalier errant n'a d'autre code que celui de l'honneur. Il loue ses services aux causes les plus nobles et prend la défense des opprimés. Ser Arlan suit cette ligne de conduite et l'inculque à son écuyer Dunk. La rencontre de ce dernier avec un étrange garçon qui se fait appeler Oeuf va changer à jamais son destin.

Recueil comprenant Le Chevalier errant, L'Épée lige et L'Œuf de dragon.


Revenir dans l'univers du Trône de Fer sans affronter les mille pages d'un nouveau tome de la saga principale, c'est tout le charme de ces Chroniques du chevalier errant. George R.R. Martin y installe son récit quatre-vingt-dix ans avant les événements que l'on connaît, à une époque où les Targaryen régnaient encore sans partage sur les Sept Couronnes. Ce choix temporel n'est pas anodin : il permet à l'auteur de raconter une histoire plus intime, presque artisanale, loin des complots de cour et des batailles de grande envergure qui rythment habituellement son œuvre.
On y suit Dunk, chevalier errant sans fortune ni lignage, et son jeune écuyer surnommé l'Œuf, dont le lecteur averti devine assez vite la véritable identité. Cette proximité avec des personnages modestes, confrontés au quotidien à la faim, à la boue et à l'arbitraire des puissants, donne à l'ensemble une tonalité différente de la saga mère : plus légère par instants mais tout aussi capable de bascule vers la tragédie.

Le recueil rassemble trois nouvelles, Le Chevalier errant, L'Épée lige et L'Œuf de dragon, qui suivent Dunk et l'Œuf à travers tournois, différends seigneuriaux et intrigues plus feutrées.
La première installe avec efficacité le duo et son dynamique attachante, entre la maladresse sincère de Dunk et la vivacité d'esprit de son jeune protégé. La deuxième, L'Épée lige, m'a semblé en revanche souffrir d'un rythme irrégulier : l'intrigue, plus étalée, peine par moments à retrouver la tension et l'élan qui portaient la première histoire, même si elle reste utile pour approfondir l'univers et les enjeux politiques qui se dessinent en arrière-plan. La troisième nouvelle relance heureusement le tempo et referme le volume sur une note plus prenante.

Au final, ces chroniques constituent une porte d'entrée agréable dans l'univers westerosien, et un complément appréciable pour qui, comme moi, attend toujours la suite du Trône de Fer.


J'ai tenu à lire ces trois nouvelles avant de regarder leur adaptation, A Knight of the Seven Kingdoms, diffusée sur HBO Max depuis janvier 2026, avec Peter Claffey et Dexter Sol Ansell dans les rôles de Dunk et de l'Œuf. Ce qui m'a frappée à l'écran, c'est le côté plus picaresque que la série donne au récit par rapport aux nouvelles, ainsi qu'un développement plus poussé des personnages secondaires, qui apporte une réelle profondeur à l'ensemble.
Une seconde saison a déjà été annoncée, et j'attends avec impatience de voir comment L'Épée lige et L'Œuf de dragon seront portées à l'écran.

samedi 29 août 2026

Freida McFadden - Le dîner

 

Auteur : Freida McFadden
Editeur : City
Parution : 1er juillet 2026
Pages : 272
EAN-13 : 978-2824624488


Vous êtes fauchée et vous risquez d'être expulsée de votre appartement. Alors quand une amie vous propose un job de serveuse lors d'un dîner chic dans un manoir totalement isolé, vous croyez rêver. Le salaire pour la soirée ? De quoi couvrir deux mois de loyer et vous remettre sur pied. C'est la chance de votre vie. Pourtant, une petite voix intérieure vous murmure que c'est trop beau pour être vrai.

Il y a forcément quelque chose de louche dans l'histoire... Peut-être devriez-vous refuser ? La décision vous appartient. Serez-vous assez prudente pour rester chez vous ? Accepterez-vous de faire monter cet auto-stoppeur étrange sur la route du manoir ? Tournerez-vous à gauche ou à droite à la bifurcation ?


Difficile de résister à un "livre dont vous êtes le héros" quand on cherche une lecture sans prise de tête pour un après-midi : c'est exactement ce que promettait ce texte de Freida McFadden et sur ce point précis, le contrat est plutôt rempli. Le concept, vingt-deux fins possibles à débusquer en changeant de choix à chaque bifurcation, fonctionne bien comme gadget de lecture : on tourne les pages, on revient en arrière, on recommence et ce petit jeu suffit à occuper une après-midi entière sans effort. J'ai fini par toutes les trouver, ce qui donne une idée du temps que j'y ai consacré et de la facilité avec laquelle on peut épuiser le dispositif.

Le problème, c'est que passé l'amusement de la mécanique, il ne reste presque rien. L'intrigue de base, une jeune femme fauchée qui accepte un poste de serveuse dans un manoir isolé pour un dîner qui sent le piège à plein nez, ne sert que de prétexte à empiler des embranchements. Chaque choix, prendre l'auto-stoppeur ou non, aller à droite ou à gauche, accepter ou refuser telle proposition, ouvre une branche qui se referme presque aussitôt sur une fin expéditive, souvent réduite à un twist ou une chute sans grande substance. On comprend vite que le texte n'a jamais eu l'ambition de développer une intrigue au sens classique : il s'agit d'un catalogue de scénarii courts, où le mystère du dîner et de ses hôtes reste à l'état d'esquisse, sans backstory consistante, sans motivation vraiment fouillée, sans indices distillés au fil du récit comme dans un vrai thriller. Le format impose sa loi et cette loi, c'est la vitesse : pas le temps d'installer une atmosphère, encore moins de faire monter une tension progressive, puisque chaque chemin doit se conclure en quelques pages. Le résultat ressemble davantage à un exercice de style, presque un jeu d'écriture pour l'autrice elle-même, qu'à une histoire pensée pour son propre intérêt narratif.
Dommage aussi que certains choix, ou certaines absences de choix, n'aient au final aucune incidence sur la suite : on croit peser sur le cours des événements et puis deux chemins censés diverger se rejoignent sans grande différence, ce qui affaiblit encore l'intérêt du dispositif.

Et puis il y a l'héroïne, qui m'a fait le même effet que celle de La Femme de ménage : ce mélange d'inconscience et de posture qui vire régulièrement à l'agacement, avec cette propension à ramener le moindre échange à une tension sexuelle que je supporte de moins en moins chez ce genre de protagoniste. Ce n'était sans doute pas la meilleure porte d'entrée pour retrouver McFadden après le premier tome de la saga mais au moins la déception aura été rapide et le prix de l'après-midi n'aura pas été très élevé.

mercredi 26 août 2026

Sina Grace, Siobhan Chiffon et Cathy Le - Ghosted in L.A.

Auteur : Sina Grace
Dessinateurs : Siobhan Chiffon et Cathy Le
Éditeur : Delcourt
Collection : Waves
Parution : 4 juin 2026
Pages : 336
EAN-13 : 978-2413088073


Son baccalauréat en poche, Daphne déménage à Los Angeles. La ville des anges va alors lui réserver bien des surprises toutes plus fantasmagoriques les unes des autres...

Daphne avait tout prévu une fois le lycée derrière elle : direction L.A. avec son petit ami parfait ! Alors lorsqu'elle se fait larguer à peine arrivée, la jeune fille est complètement perdue. Sans amis et loin de sa famille, Daphne décide de partir à la découverte de la ville, bien décidée à rencontrer de nouvelles têtes...


Los Angeles telle qu'on la fantasme depuis toujours : la promesse d'un nouveau départ, d'une vie qui commence enfin. C'est ce que Daphne s'était imaginé en posant ses valises dans la ville des anges, bac en poche, petit ami parfait à ses côtés. Sauf que le rêve tourne court dès les premiers jours, quand ce même petit ami la largue à peine arrivée, la laissant seule, sans amis, loin de sa famille, dans une ville qui ne lui doit rien.
C'est ce point de départ, assez classique dans son mélancolique arrachement à l'adolescence, que Sina Grace choisit pour lancer Ghosted in L.A., roman graphique édité chez Delcourt dans la collection Waves, dessiné par Siobhan Chiffon et mis en couleurs par Cathy Le.

Le titre joue évidemment sur le double sens : ghostée par son ex, Daphne va bientôt l'être aussi, mais au sens propre, en tombant sur un manoir au portail resté ouvert et à la piscine trop tentante pour ne pas y plonger. La demeure n'est pas vide : des fantômes y traversent leur après-vie, coincés entre deux mondes, et Daphne devient malgré elle leur intermédiaire avec les vivants, jonglant entre ses études, ses tentatives d'amitié et cette bande d'âmes en peine qui a bien besoin d'elle. Le postulat séduit par ce qu'il permet : mêler la chronique estudiantine, avec ses solitudes et ses maladresses sociales, à une galerie de personnages fantomatiques dont chacun trimballe son propre passé, ses regrets, ses secrets.
On pense forcément aux teen dramas où le surnaturel sert de métaphore aux tourments bien réels de la jeunesse et le livre assume cette veine, notamment à travers des thématiques LGBTQ+ tissées dans plusieurs arcs, dont celui d'un fantôme resté dans le placard toute sa vie dans les années 1940.

Le format d'origine, une publication en épisodes avant cette compilation en un seul volume de 336 pages, se sent par endroits : le rythme avance par petites touches, les fils narratifs se multiplient sans toujours se resserrer et certains personnages introduits en cours de route, prometteurs sur le papier, finissent un peu en suspens plutôt qu'en pleine lumière. C'est la limite d'un récit pensé en épisodes puis recousu en album : l'ensemble reste attachant, porté par des dialogues vifs et des personnages qui existent vraiment, avec leurs tics et leurs contradictions, mais la structure laisse une impression d'inachevé, comme si l'histoire tenait davantage de l'ouverture d'un monde que de sa résolution.
Le dessin de Siobhan Chiffon, tout en douceur, contraste avec la thématique fantomatique et c'est justement ce décalage qui donne au livre une bonne partie de sa personnalité : une chaleur visuelle posée sur une histoire de deuils et de fantômes, qui refuse le sinistre pour mieux parler de solitude, de coming out et de reconstruction de soi.

Ghosted in L.A. se lit ainsi comme une proposition généreuse et pleine de bonne volonté, qui n'épuise pas tout à fait son sujet mais donne clairement envie d'en savoir davantage sur cette maison et ceux qui l'habitent, vivants comme morts.

samedi 22 août 2026

Pavel Bart - Belle de Soie

 

Auteur / Dessinateur : Pavel Bart
Éditeur : Delcourt
Parution : 21 mai 2026
Pages : 224
EAN-13 : 978-2413086963


Dans ce conte médiéval où le merveilleux côtoie le mystère, une mère s'élève contre le destin pour sauver sa fille alors même que le monde se fige peu à peu, en prise avec une pestilence surnaturelle.

Il était une fois une tisseuse de soie, qui accepta de laisser sa fille partir avec la duchesse et son fils à la cour du roi.
Ce voyage promettait un étincelant avenir pour la fille de la tisserande, mais hélas, jamais le destin ne suit le fil qu'on croit...
Et c'est alors au tour de la mère de partir sauver sa fille à travers le monde, où l'épouvantable peste de pierre répand l'effroi...


Pavel Bart signe seul cette histoire, du scénario jusqu'à la couleur, et c'est une donnée qui pèse sur la lecture de Belle de Soie : on sent d'un bout à l'autre une cohérence de vision, une main unique qui façonne aussi bien le fil narratif que la palette qui l'habille.

Le point de départ emprunte au conte le plus classique : une tisseuse de soie laisse partir sa fille à la cour du roi, dans le sillage d'une duchesse et de son fils, promesse d'un étincelant avenir. Sauf que Pavel Bart ne s'arrête pas là et c'est justement là que le livre a commencé à me surprendre : le destin ne suit jamais le fil qu'on croit et c'est bien ce basculement qui l'intéresse. Quand l'ascension sociale rêvée se mue en piège, c'est la mère qui reprend l'initiative et part affronter le monde pour récupérer son enfant, tandis qu'une étrange peste de pierre fige peu à peu les êtres et les paysages.

Ce que j'ai le plus aimé, c'est justement cette pestilence pétrifiante, la trouvaille la plus séduisante du récit à mes yeux. Elle installe une menace diffuse, presque picturale, qui se prête naturellement à un traitement graphique : on imagine sans peine des planches où le minéral gagne du terrain sur le vivant, où l'immobilité devient elle-même une image d'horreur. J'ai aussi apprécié ce renversement du schéma classique du conte, où c'est la mère, et non un prince, qui part en quête : il donne au récit une couleur plus affirmée qu'une simple relecture merveilleuse.

Je nuancerais quand même mon enthousiasme sur un point. Porter seul un one-shot de 224 pages, avec une promesse aussi ample (traverser le monde, affronter un fléau surnaturel), reste un pari risqué, et le souffle épique annoncé demande un dosage rythmique pas toujours facile à tenir sur la durée. J'ai parfois senti certains passages un peu inégaux. Toutefois, l'histoire baigne dans un entre-deux que j'ai trouvé réussi, entre mystère et imagerie féérique inquiétante, loin du conte lissé qu'on pourrait craindre, et je referme Belle de Soie avec l'image d'une figure maternelle qui refuse le rôle secondaire que les contes lui réservent d'ordinaire.

mercredi 19 août 2026

Taylor Jenkins Reid - Atmosphère

 
Auteur : Taylor Jenkins Reid
Editeur : 10/18
Parution : 7 mai 2026
Pages : 456
EAN-13 : 978-2264088055



Lever les yeux vers les étoiles. C’est la raison d’être de Joan Goodwin depuis l’enfance. Aussi, à défaut de pouvoir les approcher, dans un monde où le métier d’astronaute est réservé aux hommes, elle est devenue astrophysicienne. Mais le jour où elle apprend que la NASA recrute des scientifiques, consciente des sacrifices qui s’annoncent, elle saisit sa chance. Elle aussi, elle ira dans l’espace. Animée par la passion et un amour dont elle n’aurait pu concevoir l’existence, elle poursuit inlassablement son rêve.

Ce matin de décembre 1984, quand Joan arrive au centre de contrôle à Houston, elle s’attend à vivre une journée comme les autres. Elle n’est ni anxieuse, ni terrifiée, ni dévastée. Pourtant, quelques heures plus tard, l’incident qui survient dans la navette spatiale fait basculer le destin des astronautes à bord comme celui de Joan, restée sur Terre.



Cette année encore, j'ai retrouvé Taylor Jenkins Reid pour ma lecture de vacances d'été, un rendez-vous que je me fixe depuis quelques années maintenant. Après Les sept maris d'Evelyn Hugo, Daisy Jones & The Six, Les sirènes de Malibu et Le(s) vrai(es) amour(s), c'est Atmosphère qui m'attendait cette fois et j'avoue que j'étais curieuse de voir comment l'autrice allait se réinventer une nouvelle fois, elle qui a l'habitude de changer complètement d'univers d'un roman à l'autre.

Ici, exit Hollywood et la scène musicale des seventies, place à la NASA du début des années 1980. On suit Joan Goodwin, astrophysicienne, qui saisit l'occasion inespérée de rejoindre le corps des astronautes le jour où l'agence spatiale ouvre enfin ses portes aux femmes scientifiques. Le roman alterne entre son parcours de formation et un matin de décembre 1984, où tout bascule lors d'un incident à bord de la navette. J'ai trouvé cette construction en double temporalité efficace. Elle installe une tension qui monte crescendo sans jamais tomber dans l'artifice et j'ai suivi avec un vrai plaisir la manière dont l’autrice tisse patiemment les liens entre ce qui se joue au sol et ce qui se joue dans l'espace.

Ce que j'ai particulièrement aimé, c'est tout ce qui touche à la vie personnelle de Joan, en particulier sa relation avec sa nièce Frances, pleine de tendresse et de non-dits, qui apporte une dimension plus intime au récit et qui vient nuancer le côté très technique des passages consacrés à l'entraînement des astronautes. La romance, elle aussi, est amenée avec beaucoup de délicatesse, sans grandiloquence inutile, ce qui rend les émotions d'autant plus fortes quand elles arrivent.

J'ai aussi été conquise par la manière dont Taylor Jenkins Reid construit ses personnages secondaires, aussi soignés et incarnés que Joan elle-même. Sans rien dévoiler de l'intrigue, je peux dire que le petit groupe qui se forme autour d'elle au fil de sa formation donne au roman des allures de found family particulièrement attachante, chacun apportant sa propre histoire et ses propres failles. C'est sans doute ce qui rend certains passages du roman aussi difficiles à lire qu'à lâcher : on s'attache à ce groupe presque autant qu'à Joan et chaque lien tissé entre eux ajoute une épaisseur supplémentaire au récit.

L'arrière-plan historique m'a également beaucoup plu, en particulier tout ce qui touche à la place des femmes dans un monde encore largement fermé à elles au début des années 1980. Voir Joan et les autres scientifiques du roman se frayer un chemin dans un univers pensé par et pour les hommes, avec tout ce que cela suppose de doutes, de préjugés à déjouer et de légitimité à prouver sans cesse, donne au récit une résonance particulière. C'est un fil que l’autrice tire avec beaucoup de justesse, sans jamais le plaquer artificiellement sur l'intrigue, et qui m'a rappelé à quel point la conquête spatiale a aussi été une conquête au féminin.

Je dois néanmoins être honnête, je n'ai pas retrouvé d'emblée ce petit plus des Sirènes de Malibu, qui reste pour moi la lecture la plus marquante de l'autrice. Cela dit, le roman gagne en intensité et en émotion au fil des pages, au point de venir se placer aux côtés des Sept maris d'Evelyn Hugo dans mon classement personnel : difficile de départager les deux tant ils m'ont bouleversée chacun à leur façon, même si Evelyn Hugo reste ma toute première rencontre avec la plume de Taylor Jenkins Reid et garde à ce titre une place un peu particulière.

En résumé, Atmosphère confirme que Taylor Jenkins Reid sait toucher juste quel que soit le décor qu'elle choisit. Une lecture d'été qui s'installe sans mal dans mon Top 3 de l'autrice et qui me laisse, comme chaque année, l'envie de découvrir ce que l’autrice me réservera pour l'été prochain.