dimanche 4 octobre 2026

Victoria Evans - A tout jamais

 


Auteur / Dessinateur : Victoria Evans
Éditeur : Delcourt
Collection : Waves
Parution : 1er octobre 2026
Pages : 240
EAN-13 : 978-2413096443


Qui a dit que l'amitié c'était à vie ?

Agnès et Daisy sont meilleures amies depuis toujours. Alors quand Agnès apprend qu'elle va déménager à la fin de l'été, les deux amies sont anéanties. En redécouvrant un vieil album de souvenirs contenant leur bucket list, elles décident de l'accomplir avant le grand départ. Mais rien ne va se passer comme prévu... Peu à peu des tensions apparaissent et l'inéluctable se produit : et si leur amitié ne survivait pas à cet été ?


À tout jamais raconte l'été où tout bascule pour Agnès et Daisy, meilleures amies depuis toujours, quand la première apprend qu'elle va déménager. Pour ne rien perdre de leur histoire commune, elles ressortent un vieil album souvenir rempli d'une bucket list d'enfance et se donnent pour mission de tout accomplir avant la rentrée. L'insouciance du projet se heurte pourtant vite à la réalité de leurs propres fragilités, si bien que ce qui devait sceller leur amitié finit par la mettre à l'épreuve.

Victoria Evans, qui signe à la fois le scénario et le dessin de cet album, livre une relation d'amitié touchante et assez réaliste. Il est difficile de prendre parti pour l'une ou l'autre des deux filles : chacune commet ses maladresses, ses trahisons silencieuses, ses petites lâchetés et tout cela s'explique par leur âge et par cette maturité qui, à l'adolescence, ne peut pas encore être là. C'est justement ce qui rend le récit crédible : personne n'a complètement tort, personne n'a complètement raison et c'est bien ainsi que fonctionnent les amitiés à cet âge-là.

Sur le plan graphique, le trait de Victoria Evans est franc et assumé, porté par des décors épurés et de larges aplats de couleur qui donnent à chaque scène une atmosphère bien à elle. Ce parti pris visuel accompagne le style des deux héroïnes, dont l'esthétique gothique marquée les distingue nettement du reste de leurs camarades de lycée, et ancre d'emblée le récit dans une pop culture adolescente reconnaissable : goût pour l'esthétique gothique, scène musicale locale avec ce garçon batteur qui vient bousculer l'équilibre du duo, codes vestimentaires qui servent autant à affirmer une identité qu'à souder une amitié entre deux filles qui ne ressemblent à personne d'autre à l'école. Une référence à Buffy contre les vampires vient d'ailleurs s'ajouter à ce décor, clin d'œil que les lecteurs et lectrices de la génération concernée sauront apprécier à sa juste valeur.

Ce qui frappe aussi, c'est la façon dont la lecture change selon le regard qu'on y porte. Abordé avec des yeux d'adulte, et même de mère (bien que mes enfants soient encore loin de l'adolescence), cet album prend une autre dimension : le personnage de la mère d'Agnès, en particulier, résonne sans doute davantage aujourd'hui qu'il ne l'aurait fait à quinze ans. Il y a quelque chose de particulier à redécouvrir ces histoires d'ados non plus depuis l'intérieur mais depuis le point de vue de ceux qui les regardent grandir.

Étonnamment, c'est vers Daisy que va ma plus grande proximité, alors même que la situation d'Agnès, celle du déménagement et de tout ce qu'il faut laisser derrière soi, m’est plus familière : plusieurs déménagements dans l'enfance auraient pu naturellement me rapprocher de son vécu. L'attachement ne suit pourtant pas toujours la logique de l'expérience partagée et c'est peut-être aussi ce que cet album donne à comprendre sur l'amitié : elle ne se choisit pas seulement par ressemblance, elle se construit avec ses désaccords, ses incompréhensions et ce qu'il faut de temps pour apprendre à grandir sans se perdre de vue.

À tout jamais n'a rien d'un récit spectaculaire et c'est précisément là sa force : en dépeignant au plus près les hésitations d'une amitié d'adolescence, Victoria Evans signe un premier album sincère, qui parle autant aux lecteurs concernés qu'à ceux qui, avec le recul des années, redécouvrent combien ces étés-là ont compté.