Auteur / Dessinateur : Victoria Evans
Éditeur : Delcourt
Collection : Waves
Parution : 1er octobre 2026
Pages : 240
EAN-13 : 978-2413096443
Qui a dit que l'amitié c'était à vie ?
Agnès et Daisy sont meilleures amies depuis toujours. Alors quand Agnès apprend qu'elle va déménager à la fin de l'été, les deux amies sont anéanties. En redécouvrant un vieil album de souvenirs contenant leur bucket list, elles décident de l'accomplir avant le grand départ. Mais rien ne va se passer comme prévu... Peu à peu des tensions apparaissent et l'inéluctable se produit : et si leur amitié ne survivait pas à cet été ?
À tout jamais raconte
l'été où tout bascule pour Agnès et Daisy, meilleures amies depuis toujours,
quand la première apprend qu'elle va déménager. Pour ne rien perdre de leur
histoire commune, elles ressortent un vieil album souvenir rempli d'une bucket
list d'enfance et se donnent pour mission de tout accomplir avant la rentrée.
L'insouciance du projet se heurte pourtant vite à la réalité de leurs propres
fragilités, si bien que ce qui devait sceller leur amitié finit par la mettre à
l'épreuve.
Victoria Evans, qui signe à la
fois le scénario et le dessin de cet album, livre une relation d'amitié
touchante et assez réaliste. Il est difficile de prendre parti pour l'une ou
l'autre des deux filles : chacune commet ses maladresses, ses trahisons
silencieuses, ses petites lâchetés et tout cela s'explique par leur âge et par
cette maturité qui, à l'adolescence, ne peut pas encore être là. C'est
justement ce qui rend le récit crédible : personne n'a complètement tort,
personne n'a complètement raison et c'est bien ainsi que fonctionnent les
amitiés à cet âge-là.
Sur le plan graphique, le
trait de Victoria Evans est franc et assumé, porté par des décors épurés et de
larges aplats de couleur qui donnent à chaque scène une atmosphère bien à elle.
Ce parti pris visuel accompagne le style des deux héroïnes, dont l'esthétique
gothique marquée les distingue nettement du reste de leurs camarades de lycée,
et ancre d'emblée le récit dans une pop culture adolescente reconnaissable :
goût pour l'esthétique gothique, scène musicale locale avec ce garçon batteur
qui vient bousculer l'équilibre du duo, codes vestimentaires qui servent autant
à affirmer une identité qu'à souder une amitié entre deux filles qui ne
ressemblent à personne d'autre à l'école. Une référence à Buffy contre les
vampires vient d'ailleurs s'ajouter à ce décor, clin d'œil que les lecteurs
et lectrices de la génération concernée sauront apprécier à sa juste valeur.
Ce qui frappe aussi, c'est la
façon dont la lecture change selon le regard qu'on y porte. Abordé avec des
yeux d'adulte, et même de mère (bien que mes enfants soient encore loin de
l'adolescence), cet album prend une autre dimension : le personnage de la mère
d'Agnès, en particulier, résonne sans doute davantage aujourd'hui qu'il ne
l'aurait fait à quinze ans. Il y a quelque chose de particulier à redécouvrir
ces histoires d'ados non plus depuis l'intérieur mais depuis le point de vue de
ceux qui les regardent grandir.
Étonnamment, c'est vers Daisy
que va ma plus grande proximité, alors même que la situation d'Agnès, celle du
déménagement et de tout ce qu'il faut laisser derrière soi, m’est plus
familière : plusieurs déménagements dans l'enfance auraient pu naturellement me
rapprocher de son vécu. L'attachement ne suit pourtant pas toujours la logique
de l'expérience partagée et c'est peut-être aussi ce que cet album donne à
comprendre sur l'amitié : elle ne se choisit pas seulement par ressemblance,
elle se construit avec ses désaccords, ses incompréhensions et ce qu'il faut de
temps pour apprendre à grandir sans se perdre de vue.
À tout jamais n'a rien
d'un récit spectaculaire et c'est précisément là sa force : en dépeignant au
plus près les hésitations d'une amitié d'adolescence, Victoria Evans signe un
premier album sincère, qui parle autant aux lecteurs concernés qu'à ceux qui,
avec le recul des années, redécouvrent combien ces étés-là ont compté.

