Dessinateur / Auteur : Timothé Le Boucher
Éditeur : Boîte à bulles
Parution : 2 mai 2014
Pages : 128
EAN-13 : 978-2849532010
Le nouveau vestiaire des collégiens ouvre ses portes. Vitres floutées et toilettes roses, les garçons découvrent les locaux rénovés avec un mélange de gêne et de moquerie. D’autant plus que les douches sont désormais collectives !
Ainsi deviennent-elles un centre d’intérêt particulier, dans cet espace clos où le principe fondamental de l’autorité adulte disparaît et où peuvent s’exprimer les instincts primaires à l’état le plus brut : agressivité, sexualité ado, moqueries, harcèlement de la tête de turc…
Est recréée au sein même du vestiaire une microsociété sans limites et à l’équilibre incertain, avec ses chefs craints et ses moutons noirs. Affranchis, les garçons du vestiaire affichent leur cruauté naturelle dans un récit à la fois captivant et étouffant qui n’est pas sans rappeler Sa Majesté des mouches.
J’ai découvert Timothée Le
Boucher avec Ces jours qui disparaissent, une œuvre qui m’a profondément
marqué et qui m’a donné envie d’explorer le reste de sa bibliographie. Si Le Patient m’a laissé plus mitigé, 47 cordes, Première partie a en
revanche été un véritable coup de cœur. Les Vestiaires s’inscrit encore
dans un registre différent, tant par son sujet que par son dispositif narratif.
Dans cet ouvrage, l'auteur s’attaque
frontalement à des thématiques difficiles et dérangeantes : le harcèlement, les
violences scolaires, la puberté, la sexualité, la virilité imposée ou encore le
voyeurisme. La bande dessinée dépeint un univers adolescent marqué par une
cruauté omniprésente, où les rapports de force se construisent et se déforment
sous le poids des injonctions sociales et des complexes individuels. La
violence, souvent banalisée, circule entre les élèves sans réel contrepoids,
donnant une image brutale mais crédible de cette micro-société.
Le choix narratif du huis clos,
limité aux vestiaires et à l’intervalle entre deux séances de sport, est
particulièrement fort. Le lecteur ne voit rien de ce qui se passe à l’extérieur
: tout se joue dans cet espace clos, à la fois intime et oppressant. Cette
contrainte renforce l’observation des dynamiques de groupe, des dominations
tacites, des humiliations répétées. D’une séance à l’autre, les relations
évoluent subtilement, les tensions s’accumulent et l’atmosphère devient de plus
en plus étouffante, jusqu’à un drame inattendu, d’autant plus marquant qu’il
surgit sans emphase ni avertissement.
Bien que publiée il y a plus
de dix ans, Les Vestiaires reste d’une actualité troublante. Les
comportements décrits, les mécanismes de domination et la violence sociale
qu’ils engendrent n’ont rien perdu de leur pertinence. L’auteur livre un état
des lieux glaçant de l’adolescence, sans artifice ni volonté de rassurer. Le
lecteur est placé dans une position inconfortable, presque voyeuriste, témoin
passif de rapports féroces qu’il ne peut ni empêcher ni détourner du regard.
Pour autant, l’album n’est pas
exempt de défauts. À mon sens, le scénario manque parfois de sensibilité,
notamment dans la manière d’aborder certains personnages ou situations, qui
peuvent sembler plus démonstratives que nuancées. Cette sécheresse narrative,
si elle participe à la tension permanente, peut aussi créer une distance
émotionnelle et limiter l’attachement aux protagonistes.
Malgré ces réserves, Les
Vestiaires demeure une œuvre importante et percutante, qui ose montrer une
réalité dérangeante sans chercher à la lisser. Timothée Le Boucher y affirme
déjà un regard lucide et sans complaisance sur la violence des rapports
humains, faisant de cette bande dessinée un témoignage inconfortable mais
nécessaire.


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