Auteur : V. E. Schwab
Editeur : Lumen
Parution : 3 juin 2021
Pages : 696
EAN-13 : 978-2371023048
Pages : 696
EAN-13 : 978-2371023048
Une vie pour l'aimer
Une nuit pour mourir
L'éternité pour se venger
Alice pensait avoir un brillant avenir devant elle... jusqu'au soir de sa mort – laquelle ne marque pourtant pas la fin de son histoire. Le lendemain matin, elle découvre l'inimaginable : elle est devenue une vampire. Sans aucun souvenir des événements de la veille, affamée et horrifiée, elle va tout faire pour retrouver la trace de celle qui l'a transformée, la mystérieuse inconnue avec qui elle a passé la soirée.
Plus d'un siècle auparavant, Charlotte fait la connaissance de Sabine. Très vite, elle trouve en la jeune veuve une confidente, une mentor et même une amante. La nuit où elles se jurent que jamais rien ne pourra les séparer, Sabine fait d'elle une vampire. C'est là le début d'une histoire d'amour passionnelle, longue de plusieurs décennies, qui finit par s'étioler à mesure que les instincts de prédatrice de Sabine prennent le dessus sur son humanité.
Entre les deux femmes commence alors un jeu du chat et de la souris, entre jalousie féroce et promesses éternelles, qui laissera tout un tas de cadavres dans leur sillage... jusqu'à Alice.
Cet été m'a joué un mauvais tour côté lecture. Entre les chaleurs caniculaires et une charge de travail qui ne desserrait jamais l'étau, mon cerveau a fini par déclarer forfait sur tout ce qui n'était pas une image. Seuls les romans graphiques passaient encore — sans doute parce que l'image porte une partie du récit que je n'avais plus l'énergie d'imaginer par moi-même à partir du seul texte. Quand nos os retourneront à la terre a donc traîné sur ma table de chevet plus d'un mois, entamé, reposé, repris, sans que cela n'ait rien à voir avec ses qualités propres. Dès que mon rythme de lecture "normal" est revenu, je l'ai dévoré en quelques jours à peine. Autant le préciser d'emblée : cette lenteur de lecture n'est pas un verdict sur le livre, bien au contraire.
V. E. Schwab construit son
roman comme une tresse à trois brins. María, en Espagne au XVIe siècle.
Charlotte, dans le Londres du XIXe. Alice, dans le Boston contemporain. Trois
femmes, trois époques, un même fil rouge : devenir vampire n'y est jamais une
simple malédiction gothique mais une manière de reprendre du pouvoir sur une
existence qui, en tant que femme, ne leur en laissait que très peu. Le roman
avance par bonds dans le temps, changeant de point de vue au fil des chapitres,
et cette construction en tiroirs demande un peu de patience au lecteur avant
que les pièces ne s'emboîtent. C'est du V. E. Schwab pur jus : contemplatif,
mélancolique, plus intéressé par les sensations et les silences que par
l'action pure.
J'avais énormément aimé La
Vie invisible d'Addie LaRue de la même autrice et la parenté est évidente.
On retrouve cette solitude qui s'étire sur des siècles, cette douleur
particulière de voir disparaître ceux qu'on aime pendant qu'on continue, soi, à
traverser le temps. La plume est reconnaissable : élégante, sensorielle, parfois
un peu trop amoureuse d'elle-même dans ses envolées, mais rarement gratuite.
Sabine, en particulier, incarne à merveille cette ambiguïté chère à l’autrice :
ni monstre ni victime, quelque part entre les deux, et d'autant plus fascinante
qu'elle échappe à toute case.
Ce roman m'a aussi ramenée,
par ambiance interposée, vers Entretien avec un vampire (que je n'ai
jamais lu mais dont le film m'a marquée). Même vertige face à l'immortalité
vécue comme une fatigue autant que comme un pouvoir, même exploration de ce que
l'attachement devient quand il doit survivre à des décennies, voire des
siècles, de compagnie forcée. L’autrice s'inscrit clairement dans cette lignée
gothique, tout en y injectant sa sensibilité propre : les histoires d'amour y
sont lesbiennes, l'émancipation des personnages passe autant par la morsure que
par le choix de vivre pleinement leur désir, dans des époques qui ne le
permettaient pas.
Le livre n'est pas exempt de
défauts. Le rythme reste inégal, certaines longueurs se font sentir surtout du
côté de Sabine, et la toute fin, après tant de pages contemplatives, se referme
presque trop vite, laissant un léger goût d'inachevé sur des enjeux qu'on
aurait aimé voir davantage développés au regard de l'intelligence et de l'âge
du personnage concerné. Le twist final, sans être raté, n'est clairement pas la
partie la plus solide du roman ; il fonctionne néanmoins de façon cohérente
avec le reste, dans cette veine morbide et vengeresse que V. E. Schwab
affectionne.
Reste que l'ensemble tient une
promesse rare : celle d'un roman qui prend son temps pour installer une
atmosphère, des personnages en nuances de gris, une réflexion sur le sang, la
faim et la rage qui traverse les siècles sans jamais sonner comme un simple
prétexte à décor gothique. Si vous cherchez un vampire qui court et qui mord
dans l'urgence, passez votre chemin. Si en revanche l'idée d'un récit lent,
sensoriel, hanté par la nostalgie et la vengeance vous parle — et que vous avez
aimé Addie LaRue ou l'ambiance d'Entretien avec un vampire — celui-ci
mérite clairement sa place dans votre pile à lire.


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