samedi 27 décembre 2025

Cécile Becq et Franck Manguin - Ama, le souffle des femmes

 

Auteurs : Cécile Becq et Franck Manguin
Dessinateur : Cécile Becq
Éditeur : Sarbacane
Parution : 27 mai 2020
Pages : 112
EAN-13 : 978-2377314034


Japon, fin des années 1960. Nagisa, jeune citadine tokyoïte aux manières policées et pudiques, débarque avec son paquetage sur Hegura, petite île de pêcheurs reculée. Là, elle est adoptée par Isoé, la cheffe de la communauté des « Ama » qui gouverne l’île. Les Ama, ces « femmes de la mer » brutes, fortes et sauvages qui plongent en apnée, nues, pour pêcher des coquillages… Choc intime et culturel, ce mode de vie rural et indépendant est progressivement investi par la timide Nagisa, qui fuit son passé.




La bande dessinée Ama propose un récit à la fois sensible et réfléchi, qui se distingue par son atmosphère contemplative et son engagement thématique. L’histoire prend le temps de s’installer, privilégiant l’émotion et l’introspection plutôt qu’une action soutenue, ce qui permet au lecteur de s’immerger pleinement dans l’univers et le parcours de son héroïne.

L’album développe un message fort sur la place de la femme, en s’inscrivant dans un univers matriarcal. Les femmes y occupent des rôles centraux de pouvoir, de transmission et de décision. Toutefois, ce matriarcat n’est pas idéalisé : à travers la représentation de la communauté des ama, le récit montre que l’autorité, même exercée par des femmes, peut devenir oppressante lorsqu’elle repose sur des traditions rigides. La bande dessinée interroge ainsi la liberté individuelle et la difficulté de s’émanciper des rôles imposés.

La tradition est en effet au cœur du récit. Elle est présentée comme un héritage précieux, porteur d’identité et de cohésion sociale, mais aussi comme un frein à l’évolution lorsque le respect des coutumes empêche toute remise en question. Ama met en lumière la tension entre transmission et adaptation, notamment face aux bouleversements du monde contemporain.

L’album aborde également une dimension écologique importante, en particulier à travers le thème de la surpêche. La mer, omniprésente, est à la fois source de vie et symbole d’un équilibre fragile menacé par l’exploitation excessive des ressources. Ce message écologique est renforcé par le travail graphique : les couleurs inspirées de la mer, dominées par le bleu, créent une ambiance poétique et parfois mélancolique, tout en reflétant les émotions des personnages et les tensions du récit.

Cependant, certains choix narratifs peuvent diviser. Le rythme volontairement lent et suggestif pourra dérouter les lecteurs en quête d’une intrigue plus dynamique. De plus, la fin peut sembler un peu précipitée, laissant une impression d’inachevé.

En conclusion, Ama est une bande dessinée engagée, poétique et profonde, qui invite à réfléchir sur la place des femmes, le poids des traditions et la responsabilité écologique. Malgré une conclusion un peu abrupte, l’album séduit par la richesse de ses thèmes et la finesse de son univers.

mercredi 24 décembre 2025

Théo Grosjean - Elliot au collège, Tome 2 : Réseaux et sentiments


Auteur / 
Dessinateur : Théo Grosjean
Éditeur : Dupuis
Parution : 1er septembre 2023
Pages : 64
EAN-13 : 979-1034762972


Le « légèrement stressé » jeune Elliot est entré au collège. Cette véritable boule d'angoisse qu'il ressent en permanence prend vie à ses côtés et le guide dans les méandres de la grande école.

Elliot devient rapidement populaire grâce à une vidéo de danse complètement improvisée qui le transforme du jour au lendemain en star de Tic Toc. Il se rapprocher d'Églantine... et s'éloigne de son pote Hari. Mais sa nouvelle popularité rend Elliot un peu méprisant, ce qui finit par rapprocher Églantine de Bastien, son pire ennemi.

Décidément, la cinquième va être, une fois de plus, une année difficile à vivre pour notre héros !



Dans ce deuxième tome d’Elliot au collège, la bande dessinée s’impose comme un médium particulièrement efficace pour rendre compte des tourments du quotidien collégien. Ce volume ne se contente pas de poursuivre l’histoire : il affine le portrait d’Elliot et approfondit les thématiques abordées, en s’appuyant autant sur le dessin que sur le texte pour exprimer les émotions et les tensions propres à l’adolescence. Il marque aussi une étape importante dans l’évolution du personnage principal, qui semble plus conscient de lui-même et du monde qui l’entoure. Le collège n’est plus seulement un décor, il devient un véritable espace de confrontation entre les désirs individuels et les attentes collectives.

Le personnage d’Elliot gagne ici en complexité. Moins naïf que dans le premier tome, il semble davantage conscient des règles implicites qui régissent la vie au collège : le regard des autres, la pression du groupe, les malentendus qui peuvent fragiliser une amitié. La bande dessinée traduit ces évolutions de manière subtile, notamment à travers les silences, les expressions faciales et la composition des cases. Les émotions ne sont pas toujours dites explicitement, mais suggérées par le dessin, ce qui renforce l’implication du lecteur.

Le scénario repose sur des situations du quotidien en apparence banales, mais qui prennent une réelle importance à l’échelle du personnage. Cette banalité assumée fait la force de l’œuvre : elle reflète avec justesse la manière dont les collégiens vivent intensément des événements que les adultes peuvent juger mineurs. Cependant, cette approche a aussi ses limites. La progression narrative reste assez linéaire et certains conflits se résolvent rapidement, ce qui peut réduire la tension dramatique et donner une impression de facilité.

Le travail graphique joue un rôle central dans la lecture. Le style de dessin, volontairement simple et expressif, privilégie la lisibilité et l’efficacité. Les décors du collège, récurrents, participent à l’ancrage réaliste du récit et créent un cadre familier pour le lecteur. Les choix de couleurs et de cadrage accompagnent les variations émotionnelles : des scènes plus chargées visuellement traduisent le stress ou la confusion d’Elliot, tandis que des planches plus aérées marquent des moments d’apaisement ou de réflexion.

Les personnages secondaires, bien que parfois esquissés rapidement, fonctionnent comme des figures symboliques du monde collégien. Ils incarnent différentes attitudes face aux règles, à l’amitié ou à la différence. S’ils manquent parfois de profondeur individuelle, leur présence contribue à la dimension collective du récit et à la crédibilité de l’univers représenté.

En bref, Elliot au collège, Tome 2 : Réseaux et sentiments est une bande dessinée jeunesse qui parvient à capter avec sensibilité les questionnements de l’adolescence. Sans chercher l’originalité formelle ou le spectaculaire, elle mise sur l’observation fine du quotidien et sur la complémentarité entre texte et image. Cette sobriété peut frustrer les lecteurs en quête de rebondissements forts, mais elle confère à l’œuvre une sincérité et une justesse qui font sa principale qualité.

samedi 20 décembre 2025

Camille Anseaume et Cécile Porée - Une toute petite conversation

 

Auteur :  Camille Anseaume
Dessinateur : Cécile Porée
Éditeur : Delcourt
Collection : Encrages
Parution : 1er octobre 2025
Pages : 208
EAN-13 : 978-2413087410


Quatorze ans après leur rupture, deux ex-amants se parlent enfin de leurs choix et de leurs regrets.
Camille et Sébastien vivent une liaison sans engagement jusqu'à ce qu'une grossesse inattendue bouleverse leur relation naissante. Face à cette révélation, leurs chemins divergent radicalement : elle assume sa maternité, lui disparaît de sa vie. Quatorze années s'écoulent dans un silence total, construisant autour de leur rupture un mur d'incompréhensions et de non-dits. Le temps a transformé leurs souvenirs, édulcoré certaines blessures, amplifié d'autres douleurs. Lorsqu'ils se retrouvent enfin, leurs deux versions de l'histoire se confrontent dans un dialogue nécessaire. Chacun dévoile sa vérité, révélant les peurs, les lâchetés et les espoirs qui ont guidé leurs choix passés. Cette conversation, longtemps repoussée, devient le lieu d'une réconciliation possible avec leurs propres contradictions et leurs responsabilités partagées.


Avant toute chose, je tiens à remercier les éditions Delcourt de m’avoir permis de lire cet ouvrage via la plateforme NetGalley.

L’album met en scène Camille et Sébastien, liés par une histoire brève mais déterminante : une grossesse non prévue, un choix qui sépare, puis une période de silence. Quand ils se retrouvent enfin pour parler, ce n’est pas pour régler des comptes, mais pour comprendre — ou du moins essayer. Le cœur du livre est là : dans ce face-à-face tardif, où chacun raconte « sa » version, sans que l’une prenne clairement le dessus sur l’autre.

En tant que lecteur, il faut accepter de ralentir. Le récit est très peu événementiel : tout se joue dans les mots, les souvenirs, les nuances de ressenti. Si vous aimez les bandes dessinées introspectives, les récits de vie, les histoires qui ressemblent à celles que l’on pourrait entendre autour d’un café — avec leurs zones floues et leurs maladresses —, vous serez probablement touché.

À l’inverse, si vous cherchez une intrigue tendue ou des rebondissements, l’album peut sembler presque trop sage. Il n’y a pas de révélation fracassante, pas de jugement définitif. C’est à la fois sa force mais aussi sa limite.

Le dessin de Cécile Porée est doux, épuré, jamais démonstratif. Les couleurs changent subtilement selon les points de vue, ce qui aide à entrer dans l’intériorité des personnages sans surligner l’émotion. Rien n’est là pour « forcer » le lecteur à ressentir quelque chose : on est invité, pas guidé.
Cette retenue graphique fonctionne très bien avec le propos, même si certains lecteurs pourraient regretter un manque d’audace visuelle. Là encore, tout est affaire de sensibilité.

Une toute petite conversation est une lecture qui résonne plus qu’elle n’impressionne. Selon votre propre histoire — rapports amoureux complexes, parentalité, choix irréversibles, silences prolongés —, elle peut toucher très juste… ou rester à distance. C’est une bande dessinée qui ne cherche pas à être universelle par principe, mais qui devient universelle quand elle rencontre le bon lecteur.

samedi 13 décembre 2025

Théo Grosjean - Elliot au collège, Tome 1 : Panique en sixième

 

Auteur / Dessinateur : Théo Grosjean
Éditeur : Dupuis
Parution : 13 janvier 2023
Pages : 64
EAN-13 : 979-1034757787


À peine arrivé dans la cour de récréation pour sa première journée de collège, le jeune Elliot, légèrement stressé de nature, voit ses angoisses se matérialiser sous la forme d'une grosse mascotte orange qui se propose de le guider dans les méandres impitoyables de l'adolescence. Banc réservé aux populaires, difficulté de se faire des amis dans ce monde de requins quand on a encore une tête de bébé, cours de natation quand on est le seul à porter un slip de bain et quand le bonnet vous fait une tête d'œuf... les avertissements de cet étrange ange gardien complètement paranoïaque ont surtout un effet immédiat sur Elliot : le stresser encore bien davantage ! Et faire de ces passages obligés et délicats que sont le collège et l'adolescence un véritable enfer !

Dans la foulée de L'Homme le plus flippé du monde, Théo Grosjean nous raconte son passage au collège à travers son alter ego, Elliot, gamin craquant mais aussi angoissé que son auteur !



Cet ouvrage se lit avec légèreté, mais il laisse derrière lui une trace, ce genre de petite vibration qu'on reconnaît quand quelque chose touche à un endroit fragile.

Elliot est un garçon anxieux. Un vrai. Pas seulement le stress diffus qu’on traîne au quotidien, mais cette inquiétude profonde qui serre la gorge, qui fait imaginer mille catastrophes avant même qu’une seule ne se produise. Et pourtant, malgré son anxiété débordante, il avance. Il trébuche, il se trompe, il panique… mais il avance. C’est peut-être cela qui m’a le plus touchée.
Parce que, sans me confondre complètement avec lui, j’ai retrouvé en Elliot une partie de moi — une de celles que je n’ai jamais vraiment oubliée.

Le collège. Rien qu’en écrivant ce mot, j’ai une petite contraction dans la poitrine. Cette période n’a pas été ma préférée : trop de regards, trop de codes implicites, trop de choses qu’on devait comprendre sans qu’on nous les dise. Et puis cette volonté constante de nous ranger dans des cases, de nous définir avant même que nous sachions qui nous sommes. Comme si on devait choisir une identité alors qu’on était justement en train de la chercher. J’y ai laissé un peu d’insécurité, beaucoup de questions et cette impression d’être toujours en décalage.
Alors suivre Elliot dans ses couloirs, dans ses peurs parfois disproportionnées, dans ses espoirs minuscules… c’était comme marcher à côté de la version plus jeune de moi-même. Une version qui aurait aimé qu’on lui dise que tout cela — le cœur qui bat trop vite, la peur de se tromper, le besoin d’être accepté — n’était pas une faiblesse, mais un langage. Une façon sensible de lire le monde.

Ce premier tome ne force rien : il raconte simplement, avec douceur et humour, ce que c’est que d’essayer d’exister dans un environnement où tout semble trop grand. Les amitiés naissantes, les incompréhensions qui prennent des proportions énormes, les petites victoires… Tout sonne juste, parce que tout est à hauteur d’enfant — et en même temps à hauteur de mémoire.
Il y a une bienveillance profonde derrière ces pages. Les émotions ne sont pas minimisées, ni dramatisées. Elles sont accueillies. Validées. Offertes telles qu’elles sont. Et pour une lectrice naturellement anxieuse, il y a quelque chose de terriblement apaisant là-dedans.

Je crois qu’Elliot au collège est l’un de ces livres qu’on ne lit pas uniquement pour l’histoire. On le lit pour ce qu’il remue. Pour cette façon qu’il a de rappeler que les émotions d’hier ne sont jamais vraiment parties, qu’elles vivent encore quelque part en nous, un peu assoupies.
Elliot devient un miroir : un miroir qui ne renvoie pas seulement nos failles, mais aussi notre courage discret. Celui qu’on oublie trop vite. Celui qu’on sous-estime toujours.
Et peut-être que c’est pour cela que ce livre m’a touchée : il m’a montré qu’on peut être anxieux et avancer, trembler et exister, se sentir différent et être profondément humain.

mercredi 10 décembre 2025

Fabien Toulmé - ULIS

 


Auteur / Dessinateur : Fabien Toulmé
Éditeur : Delcourt
Collection : Mirages
Parution : 3 septembre 2025
Pages : 272
EAN-13 : 978-2413088165



Ex-ingénieur en plein doute, Ivan a accepté un poste d'Accompagnant d'Elève en Situation de Handicap en ULIS. Face à cette classe pas comme les autres, à Matisse, l'élève qu'il accompagne, et à une équipe éprouvée par un système à bout de souffle, saura-t-il trouver sa place ? Une aventure intense, entre luttes, émotions brutes et instants lumineux. Un récit poignant sur l'inclusion et la résilience.




Il y a des livres qui vous attrapent sans faire de bruit, comme une main posée sur l’épaule, légère mais insistante. ULIS de Fabien Toulmé fait partie de ceux-là. On l’ouvre sans attente particulière, pensant feuilleter une bande dessinée documentaire de plus et l’on se retrouve quelques pages plus loin à ressentir une étrange intimité avec ces enfants, ces adultes qui les accompagnent, ce monde qu’on croyait connaître et qu’on découvre sous un autre angle.

Ce qui frappe d’emblée, c’est la justesse. Pas la justesse démonstrative, celle qui veut prouver, convaincre, s’imposer — non : une justesse douce, pudique, presque effacée. L’auteur observe. Il écoute. Il accueille. Il restitue l’ordinaire d’une classe ULIS avec une attention qui fait penser aux gestes minuscules. On sent le souci de vérité, mais sans pathos ; la volonté de comprendre, mais sans disséquer.

Le dessin participe à cette retenue. Un trait simple, presque dépouillé, qui laisse respirer les pages. Rien de spectaculaire : des visages ouverts, des regards qui disent plus que les mots, des silences qui s’étirent entre deux cases comme une respiration nécessaire. Tout est à hauteur humaine. À hauteur d’élève même. On n’est jamais dans la démonstration graphique, mais dans l’attentive traduction du réel. Et ce réel, Fabien Toulmé le connaît : son immersion auprès des classes ULIS se lit à chaque geste, chaque inflexion, chaque hésitation du récit. Rien ne sonne faux.

Le personnage d’Ivan, ingénieur en reconversion après un burn-out, sert de guide dans cet univers. C’est à travers ses doutes, ses maladresses, ses enthousiasmes parfois naïfs que l’on entre dans le quotidien des AESH et des élèves qu’ils accompagnent. Il est imparfait et c’est ce qui le rend profondément attachant. On suit sa trajectoire comme on suivrait quelqu’un qui apprend à marcher de nouveau : avec une sorte d’empathie instinctive, de tendresse involontaire. Ses moments de fatigue, de lassitude, de découragement ne sont jamais dramatisés — ils sont vécus, simplement, sans fard. C’est précisément dans cette simplicité que le récit gagne en densité.

ULIS est aussi un livre qui choisit la nuance. On pourrait imaginer qu’il tape du poing sur la table, qu’il dénonce frontalement les manques, les injustices, les aberrations du système éducatif. Il pourrait. Il ne le fait pas. Fabien Toulmé reste dans la demi-teinte, dans l’observation plus que dans la condamnation.
Certains lecteurs pourraient regretter cette absence de colère explicite, cette façon d’effleurer les enjeux sans s’y engouffrer.
Pourtant, ce choix lui permet de préserver une forme de délicatesse, de respect pour les personnes qui vivent tout cela au quotidien — une forme de pudeur qui, selon les sensibilités, touchera profondément ou frôlera trop légèrement.

On pourrait parfois souhaiter que certains personnages secondaires — élèves, professeurs, accompagnants — existent davantage, dépassent le rôle assigné par le récit. Néanmoins, peut-être est-ce justement ce manque qui dit quelque chose de notre rapport au handicap et à l’école inclusive : tant de visages qu’on aperçoit sans les regarder vraiment, tant de trajectoires qui ne nous sont dévoilées qu’en fragments.

En refermant cet ouvrage, on n’a pas appris des « vérités » sur l’éducation inclusive ; on a plutôt rencontré des êtres humains. On n’a pas reçu un réquisitoire ; on a partagé un quotidien. On ne ressort pas armé de certitudes ; on sort plus attentif, plus humain peut-être — comme si ce livre avait discrètement déplacé quelque chose en nous.

C’est une bande dessinée qui demande de la disponibilité, de la douceur, un peu de lenteur. Ceux qui attendent un récit intense, dramatique, rythmé, n’y trouveront pas leur compte. Cependant, pour les autres — ceux qui aiment qu’un livre les accompagne plutôt qu’il les secoue, qu’il prenne le temps de s’installer dans un coin de leur regard — ULIS est une lecture précieuse, aussi discrète que nécessaire.

samedi 6 décembre 2025

Pumpkin Autumn Challenge 2025 - L'Auberge des histoires extraordinaires

 


Le Pumpkin Autumn Challenge est organisé par Guimause et se déroule du 1er septembre 2025 au 30 novembre 2025. Il existe plusieurs manières de le valider mais je vous laisse vous renseigner sur son blog, ce sera bien plus simple.

Personnellement, j'ai décidé d'y aller (comme les années précédentes) au feeling et de lire ce que j'ai envie quand j'en ai eu envie. Je n'ai même pas regardé les catégories proposées au préalable.
Cet article est donc le bilan de la session 2025 de ce challenge.



¯ Monster Mash (Halloween - Créature - Classique - Comédie - Danse)
Frankenstein de Guillermo del Toro

¯ Seriez-vous capable de l'arrêter ? (Thriller - Enquête - Suspense - Identité - Philosophie - Paradoxe - Manga)
Rêver de Franck Thilliez

¯ Ceux qui ignorent qu'ils n'existent pas (Fatalité - Deuil - Esprit - Fragment - Secret - Combat - Peintresse - Art - Œuvre française)
Clair Obcur : Expédition 33
Je ne pouvais pas mettre autre chose évidemment pour cette catégorie ! Ce jeu a été une véritable claque tant sur les graphismes que la narration. Je l'ai terminé en larmes 💔 Il est rare qu'une œuvre ait un impact émotionnel aussi important sur moi.

¯ Les songes maudits de Carmilla (Vampire - Manoir - Nuit - Surnaturel - Gothique - Horreur - Nouvelle)
Dracula de Luc Besson



¯ La Bonne Auberge de la Pierre Levée (Fantasy - Quête - Médiéval - JDR - Livre dont vous êtes le héros - Voyageur - Musique)
La Bonne Auberge du Studio 17



¯ Je ne couperai pas mes cheveux, je ne parlerai pas moins fort (Mythologie - Chasseresse - Liberté - Emancipation - Féminisme)

¯ Rester tout le temps avec Brindille (Amitié - Animaux - Soin - Aventurière - Changement - Jeunesse - Bande dessinée)
Le Château des Animaux, Tome 4 : Le Sang du roi de Xavier Dorison et Félix Delep


En additionnant livres, films et jeux vidéos, j'ai réussi à compléter entièrement une catégorie. En revanche, je n'ai pas toujours réussi à trouver des correspondances avec les autres 😅

Et vous, vous avez participé ?



samedi 29 novembre 2025

Mélissa Da Costa, Carbone et Juliette Bertaudière - Tout le bleu du ciel

 

Auteurs : Mélissa Da Costa et Carbone
Dessinateur : Juliette Bertaudière
Éditeur : Albin Michel
Parution : 14 août 2024
Pages : 256
EAN-13 : 978-2226482709


Émile, 26 ans, touché par un Alzheimer précoce, quitte l'hôpital et sa famille afin de partir à l'aventure. Une jeune femme, Joanne, répond à son annonce. Ils commencent ensemble un périple où la rencontre des autres conduit à la découverte de soi-même.




Tout le bleu du ciel est une bande dessinée qui surprend par la douceur avec laquelle elle aborde un sujet pourtant lourd : celui d’un jeune homme qui décide de reprendre sa liberté alors qu’il sait que son temps est compté. Dès les premières pages, l’œuvre séduit par son atmosphère apaisante, presque lumineuse, qui contraste avec la gravité de l’histoire. Cette harmonie crée un écrin particulier, où la sensibilité ne se traduit jamais par de la lourdeur, mais par une sincérité discrète et touchante.

Le trait de l’illustratrice joue un rôle majeur dans cette impression. Les dessins sont ronds, expressifs, accueillants. Les couleurs pastel, très présentes, instaurent une ambiance douce qui invite à la contemplation. On sent une volonté claire : faire ressentir les émotions avant de les expliquer, laisser la beauté des paysages et des moments simples parler d’elle-même. Les planches respirent, les scènes sont aérées et le lecteur se retrouve embarqué dans un voyage qui tient autant du parcours intérieur que de la balade à travers la montagne.

La force de cet ouvrage réside d’ailleurs dans la manière dont il évoque cette relation entre l’espace extérieur et l’espace intime. Le road-trip n’est pas seulement un déplacement géographique : il devient une façon d’exister autrement. À travers les chemins, les arrêts improvisés, les rencontres, on suit deux personnages qui apprennent à se connaître en même temps qu’ils apprennent à se retrouver eux-mêmes. Le récit avance sans précipitation, avec une grande attention portée aux silences, aux gestes, aux regards. Cette lenteur maîtrisée donne au lecteur le temps de s’attacher aux personnages et de s’immerger dans leurs fragilités comme dans leurs élans.

Les émotions sont portées avec beaucoup de pudeur. L’histoire ne cherche jamais à tirer des larmes, mais plutôt à accompagner. On est face à une œuvre profondément humaine, où les instants de tendresse, d’humour, de doute ou de fatigue se succèdent avec naturel. Le sujet de la maladie, omniprésent en arrière-plan, est traité avec une immense délicatesse : il n’écrase pas l’histoire, il l’oriente. Ce choix donne à la bande dessinée une tonalité particulière, empreinte d’une mélancolie douce, attentive aux nuances de ce que vivent les personnages.

Sans avoir lu le roman d’origine, la bande dessinée se suffit largement à elle-même. Elle offre un récit complet, sensible, visuellement très beau, qui touche par sa simplicité et sa justesse. On en ressort apaisé, parfois un peu bousculé, mais surtout accompagné. C’est une lecture qui rappelle qu’au cœur des moments les plus difficiles, il reste toujours la possibilité de vivre pleinement, d’aimer doucement et d’admirer le monde autour de soi.


J’avoue que, pour ma part, cette adaptation télévisuelle de Tout le bleu du ciel ne m’a pas convaincue. Si l’on peut comprendre que toute transposition à l’écran implique des choix et des condensations, j’ai eu le sentiment que l’essence même de l’histoire originale de Mélissa Da Costa avait été largement perdue.

Le récit survole de nombreux éléments qui, dans la bande dessinée (et certainement dans le roman d’origine), avaient une importance cruciale. La psychologie des personnages, leur passé, leur manière de réagir face à la maladie et aux situations de la vie, sont à peine esquissés. Le personnage de Joanne, en particulier, est profondément transformé : son passé est complètement modifié et certains aspects essentiels, notamment le sujet de l’autisme qui donnait une dimension particulière à son parcours et à sa relation avec Émile, ont été retirés. Cela a un impact direct sur la signification du titre : Tout le bleu du ciel n’a plus la même résonance ni la même poésie que dans l’adaptation graphique.

La fin du téléfilm ne m’a pas non plus touché de la même manière. L’intensité émotionnelle, qui faisait la force de la bande dessinée, est beaucoup moins palpable à l’écran. Les situations sont traitées avec une certaine distance et j’ai eu du mal à éprouver de l’empathie pour les personnages, contrairement à ce que la lecture de la bande dessinée suscite naturellement.

Je peux comprendre la nécessité de simplifier ou de réorganiser une histoire pour la rendre accessible au format télévisuel, mais j’aurais apprécié retrouver toute la profondeur, toute la subtilité des relations et des émotions. Cette adaptation reste agréable visuellement et respectueuse dans ses intentions, mais elle me laisse sur un sentiment de manque de substance émotionnelle et de perte de la richesse du récit original.

mercredi 19 novembre 2025

Louison Nielman - @Piégée

 

  Auteur : Louise Nielman
Éditeur : Scrineo
Collection : Scrineo engagé
Parution : 4 septembre 2025
Pages : 207
EAN-13 : 978-2381674254


Alba, mène une vie paisible de collégienne avec ses parents et son grand frère Charly. Mais elle s’ennuie et son amitié avec son inséparable copine Uma ne lui suffit plus. Elle rêve d’ailleurs, comme son frère qui multiplie les rencontres en ligne. Alors pourquoi pas elle ? Elle s’inscrit sur un site en maquillant son identité -elle se vieillit, change de prénom, … et rencontre Angie, un jeune homme de 19 ans, sensible, délicat et mystérieux. Au fil de leurs échanges, Alba s’invente une personnalité plus farouche et trouve chez Angie une attention, une écoute… Petit à petit, elle se laisse séduire et sa vie virtuelle prend le pas sur sa vie réelle… Jusqu’au jour ou Angie lui parle de son cousin, un photographe célèbre, qui prépare une expo à New-York et cherche des modèles… Alba hésite à lui envoyer des photos dénudées, mais Angie est si doux et son cousin – ses réseaux sociaux en témoignent – si célèbre…
Le piège se referme et l’idylle va se transformer en cauchemar…



J’ai terminé @Piégée avec un sentiment mitigé. Il y a beaucoup de qualités dans ce roman : Louison Nielman sait parler de l’emprise, de la manipulation et de la vulnérabilité adolescente avec justesse et sensibilité. Le sujet est important et le récit remplit parfaitement sa mission de sensibilisation.

Néanmoins, je ne peux pas m’empêcher de noter que, venant d’une lectrice plus âgée, la lecture n’a pas eu le même impact que ce qu’elle pourrait avoir sur un adolescent. L’histoire, concise et directe, se concentre sur les mécanismes de l’emprise et la psychologie de l’héroïne, mais elle ne m’a pas transportée émotionnellement. Les enjeux, qui doivent être bouleversants pour la cible du roman, restent un peu distants pour moi.

On suit le point de vue d’Alba avec empathie et c’est certainement la force du récit : comprendre la confusion, la peur, la culpabilité. Cependant, la brièveté du texte laisse peu de place à l’introspection profonde ou à la nuance psychologique pour quelqu’un qui lit avec un regard plus mature. On ressent la tension, certes, mais de façon mesurée.

Le roman brille surtout par son intention : expliquer, prévenir, sensibiliser. Le propos est solide, la lecture fluide et accessible. Pour un adolescent, ce livre peut être révélateur, éclairant et même salvateur. Vu de mon côté, il fonctionne surtout comme un rappel de ce que vivent certains jeunes, plutôt que comme un récit bouleversant.

@Piégée est un roman utile et bien pensé, qui atteint pleinement son objectif de prévention et d’empathie. Pour un lecteur adulte, il reste intéressant et bien écrit, mais le frisson, la profondeur émotionnelle ou le choc attendu ne sont pas forcément au rendez-vous. C’est une lecture pertinente, mais elle ne laissera peut-être pas une trace durable dans le cœur de tous les lecteurs — surtout ceux qui lisent de l’extérieur, hors de la tranche d’âge ciblée.

samedi 15 novembre 2025

Nelly Iceta - Modernae : De la révolution surnaturelle

 

Auteur : Nelly Iceta
Éditeur : Autoédition
Parution : 6 novembre 2025
Pages : 403
EAN-13 : 978-2956678991



1857, alors que la révolution industrielle est en plein essor, James Clerk Maxwell, physicien renommé, obtient un poste au Marischal College. Dans cette prestigieuse école est enseignée la Modernae, un prolongement des sciences physiques qui dépasse les limites du possible. Il y rencontre Cara, une élève intrépide qui souhaite relever le défi lancé par un établissement concurrent, la Dark Academia.

Mais il y a bien plus en jeu que de montrer la supériorité de son équipe. Cette compétition est l'occasion de donner une voix à ceux qui, dans cette société victorienne, sont relégués au second plan.

Dans cette uchronie où l'Histoire rencontre le surnaturel, vous traverserez des bibliothèques poussiéreuses, découvrirez des expériences rutilantes et vous confronterez à l'impossible mais cela ne vous laissera pas indemne...


Avec Modernae, Nelly Iceta signe un roman ambitieux qui réussit à rendre des notions physiques complexes accessibles même aux lecteurs peu familiers du genre uchronique. L’autrice parvient à vulgariser des concepts scientifiques sans jamais perdre le lecteur, un vrai tour de force qui témoigne d’un réel souci de clarté et de pédagogie. Elle réussit surtout à lier ces principes scientifiques rigoureux à une dimension presque magique, donnant naissance à un univers où la logique et l’imaginaire cohabitent avec une belle harmonie.

On retrouve ici une marque de fabrique chère à Nelly Iceta : son goût pour les duos. Comme dans sa duologie Lockets, elle construit la dynamique du récit autour de relations fortes, souvent fondées sur la complémentarité et la tension. Ce choix narratif permet d’ancrer l’histoire dans l’humain, de créer des échanges riches et d’instaurer une belle intensité émotionnelle.

Cela dit, j’ai ressenti un petit manque concernant les personnages de Cara et Rélhyna. Leur passé reste en surface et j’aurais aimé en savoir davantage sur leurs motivations profondes, leur histoire avant les événements du roman. Ce flou réduit un peu l’attachement qu’on pourrait avoir pour elles, alors qu’elles ont un vrai potentiel de complexité.
Rélhyna garde tout de même ma préférence parmi tous les étudiants : elle dégage une force et une maturité qui contrastent joliment avec l’ardeur parfois brouillonne de ses camarades. J’ai particulièrement apprécié le duo qu’elle forme avec Gerahl et l’évolution de leur relation au fil du récit. Rélhyna a ce petit côté froid et réservé qui la rend d’abord distante, mais plus l’histoire avance, plus on perçoit son humanité, ses doutes et ses émotions contenues.

Un des points forts du roman réside d’ailleurs dans le traitement des personnages féminins. Nelly Iceta leur accorde une réelle présence, une pluralité de caractères et d’ambitions. Loin des archétypes, ses héroïnes se distinguent par leur intelligence, leur indépendance et leur sensibilité.
Parmi elles, Katherine s’impose comme une véritable figure d’émancipation féminine : elle incarne la détermination et la liberté de penser, refusant les carcans imposés par son environnement.
Même si certains parcours auraient gagné à être davantage creusés, on sent une volonté sincère de mettre en avant des femmes fortes et nuancées, sans jamais tomber dans la caricature.

Enfin, s’il y a un point qui m’a un peu moins convaincu, c’est la manière dont Maxwell maîtrise la Modernae. Sa progression m’a semblé trop rapide et un peu trop aisée. J’aurais préféré suivre un parcours plus lent, marqué par l’apprentissage, le doute et l’effort — un cheminement où le travail primerait sur le talent inné. Je comprends néanmoins que, pour les besoins de l’intrigue, cette facilité serve la narration et la fluidité du récit.

En somme, Modernae est un roman à la fois accessible, riche en idées et porté par des personnages attachants, même si certains aspects auraient mérité un peu plus de profondeur. Nelly Iceta confirme ici son talent pour les duos et les univers construits avec soin, tout en laissant au lecteur la curiosité d’en savoir encore plus sur ses personnages et leurs secrets.

samedi 8 novembre 2025

Marc Levy - Et si c'était vrai...

 

Auteur : Marc Levy
Lecteurs : Hugo Becker, Alice Isaaz et Thierry Janssen
Éditeur : Lizzie
Parution : 3 avril 2025
Durée : 5 h 56 min
EAN-13 : 979-1036631030

Lauren est dans le coma, c'est indéniable. Mais elle est aussi dans le placard d'Arthur, un peu comme un fantôme, cela est tout aussi indéniable... Arthur, en tout cas, est bien obligé de l'admettre : il la voit, l'entend, la comprend et finit même par l'aimer. Mais que peut-on espérer d'un fantôme que l'on est le seul à distinguer ? On ne tombe pas amoureux d'un mirage, on ne force pas son meilleur ami à dérober une ambulance pour kidnapper un corps dans le coma, on ne ment pas à la police pour sauver une ombre, et pourtant...
Marc Lévy signe ici un premier roman particulièrement grisant, qui s'amuse du lecteur et de ses certitudes, toujours avec légèreté : comme Arthur, on se laisse prendre au jeu de Lauren, et comme lui, on finit par se dire, entre deux rebondissements : Et si c'était vrai....



J’avais vu le film il y a longtemps. Je m’en souvenais vaguement : une comédie romantique douce, un peu magique, avec ce charme typique des années 2000. L’idée d’une femme invisible que seul un homme peut voir m’avait marquée, sans pour autant me pousser à lire le roman d’origine. C’est finalement en découvrant le livre audio de Marc Levy que j’ai décidé de me plonger dans cette histoire — et j’ai réalisé à quel point le texte original est différent du souvenir que j’avais gardé du film.

Dès les premières minutes d’écoute, j’ai été surprise par la tendresse du ton, bien plus intime et poétique que ce que j’imaginais. Marc Levy ne cherche pas le spectaculaire : il installe une atmosphère douce, presque suspendue, où le merveilleux s’invite discrètement dans le quotidien. Arthur, jeune architecte, découvre dans son placard la présence d’une femme — Lauren — plongée dans le coma à l’hôpital. Elle est invisible pour tous, mais pas pour lui. À partir de là, se tisse une relation hors du commun, entre deux mondes, entre la vie et l’invisible.

Ce qui fonctionne particulièrement bien dans cette version audio, c’est la multiplicité des voix. Plusieurs narrateurs se relaient pour incarner les personnages et cela donne au récit une dynamique très vivante. On passe d’un point de vue à l’autre avec naturel, chaque interprète apportant sa sensibilité, sa couleur. La voix de Lauren, douce mais déterminée, contraste avec celle d’Arthur, plus posée et incrédule, et cet équilibre crée une vraie complicité d’écoute. Cette alternance renforce la crédibilité des dialogues et l’émotion des scènes.

Je crois que ce format joue un rôle essentiel dans mon appréciation du roman. L’histoire, bien qu’agréable, reste simple et prévisible. Mais en audio, elle prend une autre dimension : plus incarnée, plus humaine. Les voix font vivre ce qu’on lirait peut-être comme une romance légère et transforment le texte en expérience sensorielle. On se laisse porter sans effort, on sourit, on s’attendrit. C’est une histoire qu’on écoute avec le cœur, le genre de récit parfait pour accompagner une soirée tranquille ou un trajet un peu long.

Mais au-delà de la romance, Et si c’était vrai… raconte autre chose : c’est une histoire sur la foi dans ce qu’on ne voit pas, sur la puissance de l’imaginaire et du lien humain. Marc Levy nous parle aussi de notre rapport au temps. Lauren, figée entre la vie et la mort, vit un présent immobile, tandis qu’Arthur, lui, redécouvre la valeur du temps à travers cette rencontre improbable. Ensemble, ils apprennent à habiter l’instant, à donner du sens à chaque minute partagée. Le roman nous rappelle que le temps n’a pas la même valeur pour tout le monde : parfois il se fige, parfois il s’étire, et il devient précieux dès lors qu’on aime. C’est une belle réflexion sur la nécessité de ralentir, de croire, et de vivre pleinement, même quand tout semble suspendu.

Pour une première rencontre avec Marc Levy, c’est une jolie surprise. Son écriture est fluide, directe, sans prétention, mais pleine de bienveillance. Il parle d’amour, de perte, d’espoir, de cette croyance dans l’invisible qui nous fait du bien. Je comprends mieux pourquoi ses romans touchent un si large public : il a cette façon simple de relier le merveilleux à l’intime, sans jamais forcer le trait.

Je ne dirais pas que Et si c’était vrai… m’a bouleversée, mais il m’a offert un moment de douceur. Un de ceux qu’on accueille avec plaisir, sans attente particulière, et qui laissent une empreinte légère mais réelle. Le format audio y est pour beaucoup — ici, les voix ne se contentent pas de raconter : elles incarnent.

En terminant mon écoute, j’ai eu envie de découvrir d’autres romans de Marc Levy — mais probablement encore en audio. Parce que, dans cette version, c’est vraiment la pluralité des voix qui donne vie à la magie.

mercredi 5 novembre 2025

Cassandre Lambert - Atalante, Tome 2 : L'Ascension d'une légende

 

Auteur : Cassandre Lambert
Éditeur : Didier Jeunesse
Parution : 5 mars 2025
Pages : 448
EAN-13 : 978-2278131945



Anéantie. En tuant accidentellement son garde du corps, Atalante a non seulement une mort sur la conscience, mais elle a aussi ruiné tous ses espoirs de rejoindre un jour les Amazones. Lorsque Jason lui propose de l’aider à récupérer la Toison d’or, elle y voit une rédemption possible : si la gloire lui est inaccessible, elle aidera le chef des Argonautes à l’atteindre. Accompagnée d’Asclépios, elle noie alors son chagrin dans les aventures épiques qui se succèdent. Une certitude demeure : elle ne cèdera pas à la prophétie qui menace sa vie. Mais lorsque les sentiments seront les plus forts, pourra-t-elle refuser sa destinée ?
Suite et fin de la réécriture éblouissante du mythe d’Atalante. Un périple en mer digne des plus grandes épopées !

J’ai lu les deux tomes d’Atalante cette année, et je suis contente d’avoir enfin découvert — et terminé — cette duologie. Dans l’ensemble, ce fut une bonne lecture, agréable et bien écrite, même si je n’ai pas été totalement conquise.

Ce deuxième volet m’a semblé plus introspectif et plus sérieux que le premier. Cassandre Lambert développe bien les émotions de son héroïne : on sent une vraie évolution chez Atalante, plus fragile, plus humaine, marquée par la culpabilité et le besoin de se reconstruire. J’ai aimé cette profondeur et la sensibilité que l’autrice parvient à transmettre à travers une plume toujours fluide et claire. On lit sans effort et c’est un vrai plaisir sur ce point.
Concernant les autres personnages, j’ai trouvé qu’ils prenaient davantage de place ici, même si certains manquent encore un peu de profondeur. Asclépios est sans doute celui qui m’a le plus touchée : il apporte une douceur et une stabilité qui contrastent joliment avec le tempérament fougueux d’Atalante. Leur relation, faite de respect et de retenue, est bien construite et évite certains clichés. Jason et les Argonautes, quant à eux, élargissent l’univers et offrent des moments d’aventure plaisants, mais j’aurais aimé qu’ils soient un peu plus développés, car certains semblent survolés. On sent pourtant tout le potentiel d’un vrai groupe de héros.

Cependant, j’aurais voulu davantage de mythologie. C’est ce que j’avais préféré dans le premier tome : les dieux, les Amazones, les références au mythe grec. Ici, cette dimension m’a semblé un peu en retrait, remplacée par une aventure plus tournée vers l’action et la quête intérieure. Ce n’est pas mal du tout, mais j’espérais une immersion plus forte dans le monde mythologique.

Malgré tout, la fin conclut bien la duologie. Elle reste cohérente avec le ton général de la saga : un mélange de courage, de vulnérabilité et de destin. Ce n’est pas une conclusion spectaculaire, mais elle est juste et fidèle à l’esprit du récit.
En refermant ce second tome, je garde une impression globalement positive : Atalante est une série bien construite, écrite avec soin et sincérité, mais qui ne m’a pas totalement marquée. Je suis heureuse de l’avoir lue et d’avoir bouclé les deux tomes en 2025 — une lecture que je recommanderais pour le plaisir d’un bon récit d’aventure inspiré de la mythologie, sans en attendre trop.

samedi 1 novembre 2025

Charlotte Rotman, Anne Bouillon et Lison Ferné - Les femmes ne meurent pas par hasard

 

Auteurs : Charlotte Rotman et Anne Bouillon
Dessinateur : Lison Ferné
Éditeur : Steinkis
Parution : 31 octobre 2024
Pages : 189
EAN-13 : 978-2368466575


Anne Bouillon est avocate à Nantes et féministe. Depuis metoo, son cabinet ne désemplit pas. Chaque jour, des victimes s’adressent à elle. Chaque jour, elle se bat pour que la justice les entende.




Les femmes ne meurent pas par hasard est un livre marquant, essentiel et profondément émouvant. À travers une enquête rigoureuse et sensible, les autrices nous plongent dans un sujet délicat et nécessaire : la violence envers les femmes. Loin de se limiter à une simple chronique criminelle, l'ouvrage est une réflexion sociale et politique, un cri de vérité sur la manière dont les femmes sont souvent invisibilisées dans l’espace public et dans les récits médiatiques.

L’ouvrage adopte une approche qui mêle enquête journalistique et témoignages personnels, où l’authenticité de la parole des victimes se fait entendre à chaque page. Le titre du livre, Les femmes ne meurent pas par hasard, fait écho à une réalité douloureuse : les violences faites aux femmes, et en particulier les meurtres, sont trop souvent traitées comme des faits divers ou des tragédies isolées, sans considération pour les causes profondes et systématiques qui les sous-tendent.
On interroge ces disparitions de femmes, mais sans se contenter de raconter les faits : on cherche à comprendre pourquoi ces femmes disparaissent, pourquoi elles sont réduites à des numéros dans des statistiques ou, pire, pourquoi leur disparition semble laisser si peu de trace dans les consciences collectives. On soulève des questions essentielles sur l’invisibilité des femmes dans les médias, leur traitement dans les affaires criminelles et sur la manière dont la société semble accepter, ou ignorer, ces violences.

Ce qui frappe dans Les femmes ne meurent pas par hasard, c’est l’équilibre entre une écriture accessible et une profondeur d’analyse. On nous présente un sujet extrêmement lourd qui, sans jamais tomber dans le pathos ou le sensationnalisme, parvient à rendre chaque récit vivant et poignant. On donne une voix aux femmes disparues, mais aussi à celles qui les ont connues, à leurs proches, à leurs familles et à tous ceux qui ont été affectés par ces tragédies.
L’écriture est à la fois sobre et émotive. On réussit à transmettre toute la souffrance des personnages tout en conservant une grande dignité dans son approche. Les témoignages, souvent empreints de colère et de tristesse, sont d’une grande humanité et portent un message clair : il ne faut pas oublier ces femmes, il faut entendre leurs voix.

Les femmes ne meurent pas par hasard n’est pas seulement un recueil d’histoires tragiques, mais une véritable réflexion sur la société. Anne Bouillon se fait l’avocate de toutes ces femmes qui disparaissent sans que personne ne les cherche vraiment, ou qui, après leur mort, sont rapidement oubliées, comme si elles n'avaient jamais existé. Elle explore le traitement médiatique de ces disparitions, souvent biaisé, parfois indifférent, et fait un parallèle entre la place des femmes dans le journalisme et leur invisibilité dans d’autres sphères sociales.
L’autrice questionne les structures patriarcales, les stéréotypes de genre et la culture du silence qui entoure trop souvent les violences faites aux femmes. Ce livre n’est pas seulement une dénonciation des faits ; il appelle aussi à une prise de conscience collective sur la manière dont ces violences sont institutionnalisées.

Les autrices ne se contentent pas de dérouler des faits, elles cherchent à donner une forme à l’invisible. Elles explorent les contextes sociaux, familiaux et économiques dans lesquels ces disparitions prennent place. En utilisant des témoignages, des enquêtes et des recherches, elles reconstituent des histoires qui, autrement, auraient pu passer inaperçues. Le livre devient alors une sorte de monument dédié à toutes celles qui ont été effacées de la mémoire collective.

Bien que Les femmes ne meurent pas par hasard soit un ouvrage d'une grande pertinence et d'une grande force, il peut parfois sembler un peu dense dans son approche. La pluralité des témoignages et des récits peut rendre la lecture un peu complexe à certains moments, en particulier lorsque on entre dans les détails des contextes sociaux et des données statistiques. Toutefois, cette densité est également ce qui donne au livre toute sa richesse.
Le rythme peut aussi varier au fil des chapitres, avec des passages plus introspectifs qui ralentissent parfois l’élan de l’enquête. Cela n'enlève rien à la qualité du texte, mais il faut reconnaître que certains lecteurs pourraient souhaiter un rythme un peu plus soutenu dans la narration.

En définitive, Les femmes ne meurent pas par hasard est un livre à la fois courageux et nécessaire. Il nous pousse à réfléchir sur notre société, sur les mécanismes qui permettent la violence faite aux femmes et sur l'importance de leur donner une place centrale dans les récits publics. Les autrices réussissent à rendre visibles des femmes dont on ne parle jamais assez, à déconstruire les stéréotypes qui les entourent et à éveiller la conscience collective sur la manière dont la violence envers les femmes est traitée dans l’espace médiatique et politique.
Ce livre ne se contente pas de dénoncer, il propose aussi une prise de position forte et un appel à l’action. Un ouvrage nécessaire pour quiconque s'intéresse à la question des droits des femmes, de l’invisibilisation des victimes et de l’évolution des mentalités face à ces questions urgentes. À lire absolument.