Auteur : Sina Grace
Dessinateurs : Siobhan Chiffon et Cathy Le
Éditeur : Delcourt
Collection : Waves
Parution : 4 juin 2026
Pages : 336
EAN-13 : 978-2413088073
Son baccalauréat en poche, Daphne déménage à Los Angeles. La ville des anges va alors lui réserver bien des surprises toutes plus fantasmagoriques les unes des autres...
Daphne avait tout prévu une fois le lycée derrière elle : direction L.A. avec son petit ami parfait ! Alors lorsqu'elle se fait larguer à peine arrivée, la jeune fille est complètement perdue. Sans amis et loin de sa famille, Daphne décide de partir à la découverte de la ville, bien décidée à rencontrer de nouvelles têtes...
Los Angeles telle qu'on la
fantasme depuis toujours : la promesse d'un nouveau départ, d'une vie qui
commence enfin. C'est ce que Daphne s'était imaginé en posant ses valises dans
la ville des anges, bac en poche, petit ami parfait à ses côtés. Sauf que le
rêve tourne court dès les premiers jours, quand ce même petit ami la largue à
peine arrivée, la laissant seule, sans amis, loin de sa famille, dans une ville
qui ne lui doit rien.
C'est ce point de départ,
assez classique dans son mélancolique arrachement à l'adolescence, que Sina
Grace choisit pour lancer Ghosted in L.A., roman graphique édité chez
Delcourt dans la collection Waves, dessiné par Siobhan Chiffon et mis en
couleurs par Cathy Le.
Le titre joue évidemment sur
le double sens : ghostée par son ex, Daphne va bientôt l'être aussi, mais au
sens propre, en tombant sur un manoir au portail resté ouvert et à la piscine
trop tentante pour ne pas y plonger. La demeure n'est pas vide : des fantômes y
traversent leur après-vie, coincés entre deux mondes, et Daphne devient malgré
elle leur intermédiaire avec les vivants, jonglant entre ses études, ses
tentatives d'amitié et cette bande d'âmes en peine qui a bien besoin d'elle. Le
postulat séduit par ce qu'il permet : mêler la chronique estudiantine, avec ses
solitudes et ses maladresses sociales, à une galerie de personnages
fantomatiques dont chacun trimballe son propre passé, ses regrets, ses secrets.
On pense forcément aux teen
dramas où le surnaturel sert de métaphore aux tourments bien réels de la
jeunesse et le livre assume cette veine, notamment à travers des thématiques
LGBTQ+ tissées dans plusieurs arcs, dont celui d'un fantôme resté dans le
placard toute sa vie dans les années 1940.
Le format d'origine, une
publication en épisodes avant cette compilation en un seul volume de 336 pages,
se sent par endroits : le rythme avance par petites touches, les fils narratifs
se multiplient sans toujours se resserrer et certains personnages introduits en
cours de route, prometteurs sur le papier, finissent un peu en suspens plutôt
qu'en pleine lumière. C'est la limite d'un récit pensé en épisodes puis recousu
en album : l'ensemble reste attachant, porté par des dialogues vifs et des
personnages qui existent vraiment, avec leurs tics et leurs contradictions,
mais la structure laisse une impression d'inachevé, comme si l'histoire tenait
davantage de l'ouverture d'un monde que de sa résolution.
Le dessin de Siobhan Chiffon,
tout en douceur, contraste avec la thématique fantomatique et c'est justement
ce décalage qui donne au livre une bonne partie de sa personnalité : une
chaleur visuelle posée sur une histoire de deuils et de fantômes, qui refuse le
sinistre pour mieux parler de solitude, de coming out et de reconstruction de
soi.
Ghosted in L.A. se lit
ainsi comme une proposition généreuse et pleine de bonne volonté, qui n'épuise
pas tout à fait son sujet mais donne clairement envie d'en savoir davantage sur
cette maison et ceux qui l'habitent, vivants comme morts.


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