lundi 10 août 2026

Pierre Maurel - La fin de la fiction

 

Auteur / Dessinateur : Pierre Maurel
Éditeur : Dupuis
Collection : Les Ondes Marcinelle
Parution : 22 mai 2026
Pages : 120
EAN-13 : 978-2808516501


En panne d'histoire, un enseignant et auteur de bandes dessinées cherche une issue à son blocage créatif. Il est persuadé qu'un détour par le savoir — en l'occurrence la rencontre avec un médiéviste — pourrait relancer la machine, mais cette rencontre ne fait qu'approfondir sa confusion. De ce faux départ naît un récit d'autofiction instable, traversé par le doute, la mauvaise foi et les contradictions de son auteur.

La fin de la fiction se présente comme une mise à l'épreuve de la création elle-même. Jouant avec les formes narratives, brouillant les niveaux de réalité, superposant l'auteur et son double, ce livre interroge frontalement la notion de pureté artistique. En se mettant en scène en défenseur intransigeant d'une écriture « vertueuse », l'auteur démonte pas à pas ses propres postures, révélant combien toute création est faite de compromis, d'arrangements et de renoncements.

Avec son dessin d'une lisibilité folle et son goût pour la critique sociale sous couvert de fiction, Pierre Maurel compose ici un album qui devrait faire date dans son parcours.



Pierre Maurel ouvre son nouvel album sur un aveu d'impuissance : celui d'un enseignant et auteur de bandes dessinées incapable d'avancer dans son récit, persuadé qu'un peu de savoir extérieur — ici, la rencontre avec un médiéviste — pourrait le sortir de l'ornière. Mauvaise pioche : cette rencontre ne fait qu'épaissir sa confusion. C'est de ce faux départ que naît le livre que l'on tient entre les mains, un récit d'autofiction où l'auteur se dédouble, s'accuse, joue à être son propre juge et son propre avocat.

L'intention est claire et par moments assez juste : démonter les postures d'auteur « vertueux », ceux qui revendiquent une pureté artistique intransigeante, pour révéler que toute création (la sienne y compris) n'est faite que de compromis et de petits renoncements qu'on préfère taire. Certains passages touchent effectivement juste, notamment quand l’auteur pointe la mauvaise foi qui accompagne souvent les grands discours sur l'intégrité créative.

Le dessin, en revanche, ne m'a pas convaincue. On loue souvent sa lisibilité, mais je n'ai pas retrouvé cette évidence à la lecture. Le style, tout simplement, n'était pas à mon goût. De plus, dans les passages où le personnage se perd dans un mélange de niveaux de réalité, les planches m'ont paru confuses plutôt que troublantes à dessein.

Et c'est peut-être là que le bât blesse : à force de brouiller les niveaux de réalité, de superposer l'auteur et son double sans qu'on sache toujours qui parle, j'ai eu le sentiment de rester au bord du livre plutôt que d'y entrer vraiment. J'ai suivi le raisonnement, j'en ai perçu la pertinence par endroits mais l'ensemble ne m'a jamais happée. Comme si l'exercice de style prenait le pas sur une véritable adhésion au propos.

Un album qui a des choses à dire sur la création et ses compromis mais qui, pour moi, est resté davantage une démonstration intellectuelle qu'une lecture pleinement habitée.

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