Auteur / Dessinateur : Pavel Bart
Éditeur : Delcourt
Parution : 21 mai 2026
Pages : 224
EAN-13 : 978-2413086963
Dans ce conte médiéval où le merveilleux côtoie le mystère, une mère s'élève contre le destin pour sauver sa fille alors même que le monde se fige peu à peu, en prise avec une pestilence surnaturelle.
Il était une fois une tisseuse de soie, qui accepta de laisser sa fille partir avec la duchesse et son fils à la cour du roi.
Ce voyage promettait un étincelant avenir pour la fille de la tisserande, mais hélas, jamais le destin ne suit le fil qu'on croit...
Et c'est alors au tour de la mère de partir sauver sa fille à travers le monde, où l'épouvantable peste de pierre répand l'effroi...
Réparer une Pavel Bart signe seul cette
histoire, du scénario jusqu'à la couleur, et c'est une donnée qui pèse sur la
lecture de Belle de Soie : on sent d'un bout à l'autre une cohérence de
vision, une main unique qui façonne aussi bien le fil narratif que la palette
qui l'habille.
Le point de départ emprunte au
conte le plus classique : une tisseuse de soie laisse partir sa fille à la cour
du roi, dans le sillage d'une duchesse et de son fils, promesse d'un étincelant
avenir. Sauf que Pavel Bart ne s'arrête pas là et c'est justement là que le
livre a commencé à me surprendre : le destin ne suit jamais le fil qu'on croit
et c'est bien ce basculement qui l'intéresse. Quand l'ascension sociale rêvée
se mue en piège, c'est la mère qui reprend l'initiative et part affronter le
monde pour récupérer son enfant, tandis qu'une étrange peste de pierre fige peu
à peu les êtres et les paysages.
Ce que j'ai le plus aimé,
c'est justement cette pestilence pétrifiante, la trouvaille la plus séduisante
du récit à mes yeux. Elle installe une menace diffuse, presque picturale, qui
se prête naturellement à un traitement graphique : on imagine sans peine des
planches où le minéral gagne du terrain sur le vivant, où l'immobilité devient
elle-même une image d'horreur. J'ai aussi apprécié ce renversement du schéma
classique du conte, où c'est la mère, et non un prince, qui part en quête : il
donne au récit une couleur plus affirmée qu'une simple relecture merveilleuse.
Je nuancerais quand même mon
enthousiasme sur un point. Porter seul un one-shot de 224 pages, avec une
promesse aussi ample (traverser le monde, affronter un fléau surnaturel), reste
un pari risqué, et le souffle épique annoncé demande un dosage rythmique pas
toujours facile à tenir sur la durée. J'ai parfois senti certains passages un
peu inégaux. Toutefois, l'histoire baigne dans un entre-deux que j'ai trouvé
réussi, entre mystère et imagerie féérique inquiétante, loin du conte lissé
qu'on pourrait craindre, et je referme Belle de Soie avec l'image d'une
figure maternelle qui refuse le rôle secondaire que les contes lui réservent
d'ordinaire.


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