samedi 22 août 2026

Pavel Bart - Belle de Soie

 

Auteur / Dessinateur : Pavel Bart
Éditeur : Delcourt
Parution : 21 mai 2026
Pages : 224
EAN-13 : 978-2413086963


Dans ce conte médiéval où le merveilleux côtoie le mystère, une mère s'élève contre le destin pour sauver sa fille alors même que le monde se fige peu à peu, en prise avec une pestilence surnaturelle.

Il était une fois une tisseuse de soie, qui accepta de laisser sa fille partir avec la duchesse et son fils à la cour du roi.
Ce voyage promettait un étincelant avenir pour la fille de la tisserande, mais hélas, jamais le destin ne suit le fil qu'on croit...
Et c'est alors au tour de la mère de partir sauver sa fille à travers le monde, où l'épouvantable peste de pierre répand l'effroi...


Réparer une Pavel Bart signe seul cette histoire, du scénario jusqu'à la couleur, et c'est une donnée qui pèse sur la lecture de Belle de Soie : on sent d'un bout à l'autre une cohérence de vision, une main unique qui façonne aussi bien le fil narratif que la palette qui l'habille.

Le point de départ emprunte au conte le plus classique : une tisseuse de soie laisse partir sa fille à la cour du roi, dans le sillage d'une duchesse et de son fils, promesse d'un étincelant avenir. Sauf que Pavel Bart ne s'arrête pas là et c'est justement là que le livre a commencé à me surprendre : le destin ne suit jamais le fil qu'on croit et c'est bien ce basculement qui l'intéresse. Quand l'ascension sociale rêvée se mue en piège, c'est la mère qui reprend l'initiative et part affronter le monde pour récupérer son enfant, tandis qu'une étrange peste de pierre fige peu à peu les êtres et les paysages.

Ce que j'ai le plus aimé, c'est justement cette pestilence pétrifiante, la trouvaille la plus séduisante du récit à mes yeux. Elle installe une menace diffuse, presque picturale, qui se prête naturellement à un traitement graphique : on imagine sans peine des planches où le minéral gagne du terrain sur le vivant, où l'immobilité devient elle-même une image d'horreur. J'ai aussi apprécié ce renversement du schéma classique du conte, où c'est la mère, et non un prince, qui part en quête : il donne au récit une couleur plus affirmée qu'une simple relecture merveilleuse.

Je nuancerais quand même mon enthousiasme sur un point. Porter seul un one-shot de 224 pages, avec une promesse aussi ample (traverser le monde, affronter un fléau surnaturel), reste un pari risqué, et le souffle épique annoncé demande un dosage rythmique pas toujours facile à tenir sur la durée. J'ai parfois senti certains passages un peu inégaux. Toutefois, l'histoire baigne dans un entre-deux que j'ai trouvé réussi, entre mystère et imagerie féérique inquiétante, loin du conte lissé qu'on pourrait craindre, et je referme Belle de Soie avec l'image d'une figure maternelle qui refuse le rôle secondaire que les contes lui réservent d'ordinaire.

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