Auteur / Dessinateur : Nicolas Dumontheuil
Éditeur : Dupuis
Collection : Aire Libre
Parution : 22 mai 2026
Pages : 272
EAN-13 : 978-2808507585
1910, quelque part en Bourgogne, tout le monde s'affaire dans l'atelier de couture de M. Gunnar. Outre ses incontestables qualités de maître d'ouvrage, Gunnar n'est pas un quidam comme les autres, et ça, tout le village le sait bien. C'est aussi une créature hybride dont les contes et légendes murmurent les sanglants méfaits depuis la nuit des temps : un vampire !
Pourtant, Gunnar est totalement inoffensif, car il ne croque ni ne mord les humains, leur préférant des mets socialement plus acceptables, ce qui en fait, depuis des lustres, une célébrité locale.
Mais quand des animaux de la ferme et autres compagnons de table se font copieusement dévorer la nuit venue, les soupçons se portent sur Gunnar.
Aurait-il trahi la confiance des villageois après tant d'années ou le coupable viendrait-il d'ailleurs...?
Difficile de ne pas être
curieux face à un vampire qui refuse obstinément de mordre qui que ce soit.
C'est pourtant le pari que fait Nicolas Dumontheuil avec cet album : son
Gunnar, tailleur respecté dans un village bourguignon de 1910, préfère les mets
acceptables aux gorges humaines et vit sa condition de créature comme une
simple curiosité locale, presque folklorique. Quand des bêtes de la ferme se
mettent à disparaître la nuit, les regards se tournent naturellement vers lui
et le récit choral bascule alors entre polar de village et fable fantastique.
Ce qui frappe d'abord, c'est
l'ambition littéraire du texte. Les dialogues sont travaillés, parfois
savoureux, et la galerie de personnages qui gravite autour de Gunnar donne à
l'ensemble une épaisseur presque théâtrale : chacun projette sur le vampire ses
propres peurs, ses fascinations ou son besoin d'un bouc émissaire commode.
L'auteur en profite pour dresser le portrait d'une époque révolue, non sans
clins d'œil à notre présent. La différence, l'exclusion, la tentation du
soupçon collectif ne sont jamais loin sous le vernis d'aventure fantastique.
Le dessin, servi par la
colorisation d'Isabelle Merlet, installe une ambiance élégante, faite de
quasi-monochromies qui changent avec les lieux et les heures, et qui donnent au
village une texture presque picturale. Formellement, l'album a de quoi séduire.
Reste que 272 pages pour cette
intrigue laissent parfois entrevoir des longueurs : le récit choral, par
nature, dilue le fil principal au profit de multiples points de vue et certains
lecteurs pourraient regretter que l'enquête autour des bêtes disparues serve
davantage de prétexte que de véritable moteur narratif. La bascule vers un
fantastique plus frontal dans la seconde partie change aussi le ton et ce
virage ne convaincra pas forcément tous ceux qui s'étaient attachés à la
comédie de mœurs du début.
On pourrait aussi discuter de
la relecture du mythe vampirique elle-même : Nicolas Dumontheuil le désamorce
avec habileté mais ce parti pris de douceur — un vampire bienveillant, presque
falot — peut aussi bien être vu comme une réussite de renouvellement du genre
que comme une occasion manquée de véritable tension horrifique, pour qui
cherche du fantastique plus mordant.
Finalement, Gunnar le
vampire est un objet hybride assumé, entre comédie sociale, polar rural et
fantastique feutré, porté par une écriture soignée et une image très maîtrisée.
Un album qui gagne à être pris pour ce qu'il est : une fable sur l'altérité
plus qu'un thriller vampirique, et qui séduira d'autant plus les lecteurs prêts
à accepter son rythme et ses détours.


Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire