Auteur : Nicolas Beuglet
Editeur : Pocket
Parution : 11 janvier 2018
Pages : 560
EAN-13 : 978-2266279864
Pages : 560
EAN-13 : 978-2266279864
Hôpital psychiatrique de Gaustad, Oslo. À l’aube d’une nuit glaciale, le corps d’un patient est retrouvé étranglé dans sa cellule, la bouche ouverte dans un hurlement muet. Dépêchée sur place, la troublante inspectrice Sarah Geringën le sent aussitôt : cette affaire ne ressemble à aucune autre…
Et les énigmes se succèdent : pourquoi la victime a-t-elle une cicatrice formant le nombre 488 sur le front ? Que signifient ces dessins indéchiffrables sur le mur de sa cellule ? Pourquoi le personnel de l’hôpital semble si peu à l’aise avec l’identité de cet homme interné à Gaustad depuis plus de trente ans ?
Pour Sarah, c’est le début d’une enquête terrifiante qui la mène de Londres à l’île de l’Ascension, des mines du Minnesota aux hauteurs du vieux Nice.
Soumise à un compte à rebours implacable, Sarah va lier son destin à celui d’un journaliste d’investigation français, Christopher, et découvrir, en exhumant des dossiers de la CIA, une vérité vertigineuse sur l’une des questions qui hante chacun d’entre nous : la vie après la mort…
Et la réponse, enfouie dans des laboratoires ultrasecrets, pourrait bien affoler plus encore que la question !
C'est mon père qui m'a mis ce roman entre les mains, après l'avoir dévoré lui-même, ma mère aussi, d'ailleurs, l'a beaucoup aimé.
Petit clin d'œil supplémentaire : j'avais croisé Nicolas Beuglet à Faites lire 2025, sans avoir encore lu la moindre ligne du Cri à l'époque. Autant dire que j'abordais ce livre avec une double curiosité : celle d'un roman familialement plébiscité et celle de vérifier si l'auteur rencontré tenait toutes ses promesses sur la page.
À l'hôpital psychiatrique de Gaustad, près d'Oslo, un patient interné depuis plus de trente ans est retrouvé étranglé dans sa cellule, la bouche figée dans un hurlement muet. Sur son front, une cicatrice dessine un nombre : 488. Sur les murs, des graffitis indéchiffrables. Et surtout, une question qui plane sur tout le roman : qui est vraiment cet homme dont personne, à l'hôpital, ne connaît l'identité ?
C'est l'inspectrice Sarah Geringën qui hérite de l'enquête et Nicolas Beuglet ne perd pas de temps pour l'emmener loin de la Norvège : Londres, l'île de l'Ascension, les mines du Minnesota, les hauteurs de Nice. Le roman avance par bonds géographiques, chaque étape apportant sa pièce au puzzle, jusqu'à ce que l'enquête criminelle bascule vers quelque chose de beaucoup plus vaste et de beaucoup plus vertigineux.
Ce qui distingue Le Cri d'un thriller lambda, c'est son ancrage dans le réel. Nicolas Beuglet part du projet MK Ultra, ce programme secret mené par la CIA et le FBI dans les années 1950-1970, qui a réellement fait l'objet d'une commission d'enquête du Congrès américain après les révélations du New York Times en 1974. Des expériences menées sur des sujets non consentants, visant à influencer et contrôler l'esprit humain à coups de drogues expérimentales. Une partie des archives ayant été détruite avant l'arrivée des enquêteurs, l'auteur s'engouffre précisément dans cette zone d'ombre pour y loger son « projet 488 ». Cette bascule entre document et fiction donne au roman une épaisseur que n'ont pas toujours les thrillers construits sur du pur artifice : on sent que l'auteur a creusé, recoupé et que l'inquiétude qu'il installe ne sort pas de nulle part.
Le rythme, lui, est clairement celui d'un page-turner : chapitres courts, cliffhangers, révélations distillées au compte-gouttes. Le roman assume pleinement les codes du genre. Sarah, inspectrice froide et maîtrisée en façade, dont la vie personnelle se fissure au moment où l'enquête démarre ; sa rencontre avec Christopher, journaliste d'investigation français, qui vient à la fois nourrir l'intrigue et adoucir le personnage. Le duo enquêteur/journaliste est un classique du genre mais il fonctionne ici comme un moteur efficace pour explorer des lieux et des archives que Sarah seule n'aurait pas eu les moyens d'atteindre.
Le revers de cette construction très efficace, c'est que certains ressorts sont familiers : l'inspectrice au vernis impassible fissuré par une trahison conjugale, le journaliste qui débarque au bon moment, le compte à rebours qui structure la seconde moitié du livre. Rien d'inédit dans l'architecture des personnages et les lecteurs habitués au thriller international reconnaîtront vite les mécaniques employées. Le foisonnement des lieux, aussi jubilatoire soit-il, peut par moments donner une impression de saupoudrage plutôt que d'exploration réelle : on traverse des décors davantage qu'on ne les habite.
L'ambition thématique du roman est en revanche ce qui le fait sortir du lot : au-delà de l'enquête, Nicolas Beuglet vise les grandes questions existentielles, l'origine de l'humanité, ce qui subsiste après la mort, la frontière entre science et folie des hommes qui s'y aventurent. Cette dimension confère au Cri une gravité qui dépasse le simple page-turner, même si certains lecteurs pourront trouver que la conclusion, en voulant répondre à des questions aussi vastes, referme un peu vite ce qu'elle avait pris tant de pages à ouvrir.
Le Cri est un thriller efficace et ambitieux, qui doit beaucoup à son point de départ documenté : le programme MK Ultra n'est pas un simple prétexte mais une matière que Nicolas Beuglet exploite avec un vrai souci de vraisemblance. Les amateurs de thrillers rythmés et de road-trips internationaux y trouveront leur compte ; ceux qui cherchent des personnages plus singuliers pourront rester sur leur faim face à des archétypes assez balisés. Il n'en reste pas moins un roman qui, une fois refermé, laisse une trace, moins par ses personnages que par le vertige des questions qu'il pose sur ce qui nous attend, ou pas, après la mort.
Un bon point, en tout cas, pour ce prêt familial : je comprends pourquoi il a fait l'unanimité chez mes parents et je regrette presque de ne pas l'avoir lu avant de rencontrer son auteur.


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